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Existe il une sexualité pour la personne âgée ?

Valérie Cordonnier - 25/07/2003
Sexualité et grand âge

Le sujet de la sexualité au grand âge est quelque chose de nos jours encore assez inexploré, contrairement à la sexualité de l’adolescent, de la femme, ou des couples de la soixantaine. C’est un sujet parfois douloureux, en tout cas une réalité, qu’il faut aborder avec doigté avec la personne âgée.

 

Le grand âge commence à 80 ans, arbitrairement. Cette tranche d’âge n’entre plus dans la catégorie officielle des sondages. On parle des seniors, des retraités..

Au-delà de 80 ans, on compte 2 femmes pour 1 homme, et cette « surpopulation » féminine est un lourd handicap pour les relations entre hommes et femmes.

 

16% des 80 ans et plus vivent en institution. Les plus jeunes sont nés vers 1920, et ont vécu dans un monde totalement différent du monde actuel. Ils ont vu disparaître une société rurale traditionnelle, au profit d’une société urbaine et industrielle. Ils ont vécu avec un sens de la vie, avec des principes , identiques à ceux de leurs parents et de leurs grands parents. Et ils ont assisté à des changements non seulement spectaculaires, mais infiniment rapides. Et que dire du langage ? Il est fréquent d’entendre ces gens de 85 ans évoquer la notion de « devoir conjugal » à propos de l’acte sexuel, et certaines femmes même évoques la « corvée conjugale », alors que nous disons depuis longtemps avec beaucoup de simplicité, « faire l’amour »

 

C’est au voisinage de 80 ans toujours, que la plupart des quelques enquêtes réalisées fixent un important ralentissement, voir un arrêt de la vie sexuelle, même si les exemples célèbres de Goethe et de Victor Hugo veulent repousser cette échéance. N’oublions cependant pas cette grande différence entre les hommes et les femmes, si l’homme reste fécond, mais devient parfois impuissant avant d’être stérile, la femme, bien qu’infécondable après la ménopause, reste longtemps très réceptive aux sensations. Et puis cette autre différence, les hommes évoquent la sexualité, les femmes non. C’est un sujet qui a été longtemps réservé à la vie privée, intime, dont on parlait à mots couverts. Ce qui ne veut pas dire que le désir n’existait pas, n’existe pas, mais on ne trouve pas toujours « les mots pour le dire »

 

Il s’agit alors, si on évoque les personnes d’un grand âge vivant en institution, que l’entourage soit particulièrement attentif, qu’il fasse preuve d’écoute active, pour décrypter. En effet, le langage est métaphorique, ou bien le désir doit être décelé derrière un langage non verbal. Certaines personnes feront preuve ainsi de plaintes répétitives, non fondées, traitées par des placebo ou des anti-dépresseurs. Il est nécessaire d’attendre pour entendre, et d’être soi même à l’aise avec la vieillesse pour en parler, car la fonction sexuelle ne se dit pas comme les autres fonctions. Les gens très âgés ont été conditionnés par la pudeur, c'est-à-dire la honte, la gène qu’une personne éprouve à évoquer des choses de nature sexuelle ou devant ce que sa dignité semble lui interdire.

 

Pour illustrer l’état d’esprit de ces personnes, je prends l’exemple des établissements scolaires. Dans les années 40, les pensionnats n’étaient évidemment pas mixtes, mais n’avaient ni bain, ni douche. Les jeunes filles étaient conduites aux Bains Publics et devaient faire leur toilette sous une chemise qu’elles devaient garder sur elles tout le temps de la toilette. La nudité était interdite. Elle était punie. Aussi, pensez au désarroi d’une dame de 83 ans qui entrant pour la première fois dans une maison de retraite où elle pensait s’installer, quand en lui faisant visiter les chambres, on lui a précisé qu’elle avait un cabinet de toilette, sans douche, mais que quand elle le désirerait, un aide soignant l’accompagnerait pour prendre une douche. Penser devoir partager avec un homme ce moment d’intimité, alors qu’aucun de ses deux maris, elle était veuve, ne l’avait vu nue, était pour elle inconcevable.

 

Il faut donc prendre en considération les attentes de ces personnes âgées, en tenant compte de leur vie antérieure, de leur éducation. Ainsi, il faut reconnaître, sans jugement, l’empreinte de la pudeur. Dans bien des lieux, ces personnes sont objectalisées, considérées comme des corps passifs, asexués. Ces négligences peuvent être parfois assimilées à de véritables viols au nom de l’hygiène. Ces manquements corporels sont vécus comme de véritables violences. Ces toilettes qui devraient être des moments agréables et apaisants deviennent de véritables « jeux interdits » où soignants et soignés se comportent en agresseurs et agressés. Et si la personne âgée parfois provoque, en exprimant un besoin sexuel, le soignant révèle son propre malaise, ses propres interrogations sur sa sexualité, en n’ayant pas une attitude claire et saine.

 

Toutes les personnes âgées, dont l’activité sexuelle génitale n’est plus possible pour des raisons diverses, comme les conséquences du vieillissement physiologique ont en elles un besoin profond, celui de l’affectivité.

 

L’affectivité est un versant de la sexualité difficile à définir. On va le juger essentiel pour le développement, la construction d’un enfant. Il va être primordial dans l’équilibre de l’adulte pour le maintenir en bonne santé. Mais chez la personne âgée il prend encore plus de dimension. Tout au long de l’avancée en âge, l’affectif prend une place de plus en plus grande. En parler, c’est parler de sa relation à l’autre, des sentiments amoureux, mais aussi de l’émotion, de la tendresse, de tout ce qui fait notre rapport vital au monde. La demande affective est ce qui lutte le plus efficacement contre l’angoisse de la mort.

 

Alors, pour ces « très vieux-là », aimer signifie pouvoir établir une relation privilégiée qui va réduire l’anonymat de la collectivité, ou la solitude d’un chez soi devenu silencieux avec la disparition des êtres chers. Cela va être le partage de tous les plaisirs qu’offrent les 5 sens, et notamment le toucher, mais sans oublier le silence dans la présence, silence qui va être un espace d’accueil pour l’autre alors que l’angoisse de mort est si prégnante. Ces plaisirs des sens ne sont ils pas ce que Freud appelait la sexualité polymorphe ?

 

Mes remerciements à Charlotte Memin - Gérontologue- pour notre discussion passionnée.
Mes pensées à Malou et Renée.


Mots clés : sexualité grand age, affectivité, tendresse,
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Sujet : Commentaire article
par: loli lolaa (Autre)

C'est une histoire touchante et pleine d’émotions.Je la félicite chaleureusement pour son audace.

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