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Si la vision ethnologique est initialement nécessaire: elle nécessite une formation adéquate, une expérience multi culturelle et raciale, multi spirituelle également, elle s’avère insuffisante. Nous ne pouvons nous permettre en tant que professionnels, de faire l’impasse sur les définitions propre à notre métier, et à notre sujet, pour les préciser par rapport au sens commun.
Selon Jacques Waynberg, la sexualité est l'ensemble des processus biologiques et comportementaux, propres à une espèce, capables de perpétuer son patrimoine génétique de générations en générations. En français, par paresse, par pudeur, ce terme présente l'inconvénient d'être un "mot de passe", traitant aussi bien de la génitalité que du symbolisme : il faut prendre l'habitude de limiter son champ sémantique à la procréation, distinct de celui de l'érotisme. Tout comme lui, ma préférence va à l’utilisation du mot sexologie ; qui est une discipline relevant des Sciences Humaines, et qui regroupe tous les domaines de compréhension de la sexualité, en général, et de la fonction érotique humaine en particulier, à la fois du point de vue théorique et dans leurs applications pratiques.
Selon Philippe Brenot, la sexualité est une composante essentielle de l’épanouissement personnel. Elle existe dès la naissance et active des prototypes sensori-moteurs, elle accompagne l’enfant au cours de sa maturation, elle est le fondement de la personnalité, elle préside aux transformations de l’adolescence, elle est le ferment de l’union et le garant de la pérennité du couple.
On se rend bien compte que parler «sexe» déclenche et déchaîne toutes les passions, mais aussi suscite toutes les résistances. Le sujet est en effet délicat : en en parle trop pour les uns, pas assez pour d’autres.
Mais la question ne se pose cependant pas en ces termes, le sexe est une donnée de la nature qui organise les individus et les sociétés et dont les mots sont en permanence présents à notre esprit au point que le sexuel constitue le premier référent du langage.
Cette réalité est intrigante à la mesure des paradoxes qu’elle contient. C’est pour cela qu’il est d’autant plus important de s’attarder sur les définitions. De sexualité, érotisme et culture.
La sexualité est, par définition, un mode de reproduction qui sépare l’espèce en deux catégories, les mâles et les femelles. La sexualité n’est ni indispensable, ni obligatoire puisqu’une grande partie des espèces vivantes n’a pas de sexualité et se reproduit par réplication du même. La reproduction sexuée, ou sexualité, est ainsi à l’origine de la diversité biologique que nous observons par la création d’individus nouveaux à chaque génération.
Sur un plan affectif et relationnel, la sexualité est ce qui rapproche les individus et qui les unit, mais qui, dans le même temps, est souvent un obstacle à la compréhension de l’autre. La science tente aujourd’hui de comprendre ce que la littérature explore depuis longtemps quant à l’altérité portée par la différence des sexes.
Premier paradoxe, premier témoin de sa complexité, la sexualité est la fois ce qui nous sépare et ce qui nous unit. La sexualité est ainsi bien plus qu’un comportement, elle est un mode de pensée qui ne peut se réduire à une génitalité. L’éducation sexuelle aura entre autre pour mission de comprendre les différences et comprendre les pulsions.
L’érotisme est assurément la dimension humaine de la sexualité. Il élève la pulsion au rang de valeur morale en cultivant le don de soi pour permettre le désir et le plaisir du partenaire. L’érotisme apporte à la sexualité sa dimension subjective et relationnelle. Il est fait d’attention, d’écoute et de tendresse, il organise l’échange amoureux.
Notre récente connaissance « objective » de la sexualité nous montre deux évidences : sa grande complexité puisqu’elle n’est pas mono-déterminée, et sa profonde dimension culturelle : la sexualité est fondamentalement apprise, même dans le monde animal, dont nous faisons partie. Un jeune singe séparé de ses congénères à la naissance et réintroduit à la puberté, est incapable de s’accoupler avec les siens selon les normes de son espèce. Il lui manque l’apprentissage relationnel et social, il lui manque l’apprentissage du corps à corps, qui s’acquiert chez nos enfants par leurs jeux dans la cour de récréation.
Culture est un mot-clé de la sexualité humaine, qui en décrit toute la spécificité et la diversité selon les traditions. Les rituels amoureux et les codes de la séduction font partie du patrimoine culturel au même titre que les valeurs morales ou historiques. La culture modèle ainsi notre sexualité en lui conférant une dimension relationnelle qui lui est propre. Elle impose par exemple, et dès l’enfance, sa valeur de la masculinité et de la féminité, sa conception de la différenciation sexuelle, elle édicte les règles du langage amoureux et donne ainsi aux relations entre individus, homme-femme, femme-femme ou homme-homme, une couleur particulière qui est la sienne.
La culture est partagée par un groupe plus ou moins vaste de personnes. Elle conserve toujours un caractère collectif, même si l'individu se l'approprie et qu'elle devient partie intégrante de sa personnalité. La culture n'appartient pas à un seul individu, et ne s'applique pas qu'à la société globale. Un petit groupe qui fait partie d'un ensemble plus vaste peut receler une culture distincte. Les bandes, les entreprises ou les classes sociales ont une culture typique. La base de leur culture repose sur ce qui est partagé par la société, mais incorpore en plus des caractéristiques propres à ce groupe. On parle alors de sous-culture.
De quelle façon intègre-t-on la culture ? Par une forme d'apprentissage, qu'on nomme socialisation. Tout individu est en contact avec d'autres individus qui lui transmettent cet ensemble de traits, spécifiques à sa société d'appartenance, et ce, dès sa naissance. La socialisation est réalisée par le biais de trois éléments-clés : la langue, les normes et les valeurs. Ces valeurs culturelles varient ainsi selon les cultures et les sous-cultures (urbaine, rurale, différents milieux culturels ou sociaux...) qui imposent leur « style » sexuel, pour permettre l’équilibre social des pulsions.
La culture, avec ses lois, ses règles, ses institutions, ses interdictions, ses tabous, constitue précisément le frein qui aide l’homme à donner à ses pulsions une forme acceptable par la société. Le vecteur commun à toutes les dimensions de la sexualité humaine est assurément le langage, il permet de transmettre les valeurs de la société et d’organiser le domaine affectif. Il exprime les désirs, les besoins, les sentiments, les émotions. Il est l’élément dynamique de la relation à deux dont la première monnaie d’échange est la parole.
Le langage accompagne le développement psychoaffectif du sujet, indissociable de l’organisation psychosexuelle, à travers ses nombreux stades évolutifs, de l’enfance, la période de latence, la puberté, l’adolescence, à l’âge adulte, du stade oral au stade anal, phallique puis génital.
La parole est ainsi présentée, à chaque étape de la vie, elle accompagne le toucher de la mère qui modèle le corps de son enfant, la parole nomme et interroge le monde, elle énonce des théories sexuelles infantiles, puis elle se fait dialogue et réponse des parents pour accompagner l’adolescent dans sa quête d’identité.
C’est cette même parole qui est engagée dans l’éducation à la sexualité pour permettre l’expression des interrogations légitimes, permettre la liberté de penser, le respect des valeurs personnelles et l’épanouissement dans la relation à l’autre. Contre les censeurs ou les moralistes qui avertissent que « l’éducation sexuelle détruit la magie de l’amour », nous ne pouvons qu’avancer une évidence de la clinique relationnelle : les si nombreuses difficultés sexuelles, individuelles ou de couples, sont la plupart du temps sous-tendues par des carences éducationnelles et une absence d’éducation à la sexualité. Non, l’éducation sexuelle ne détruit pas l’amour, elle permet au contraire d’accéder à la liberté de vivre pleinement, et en connaissance de soi, un épanouissement intime avec la personne que l’on a choisie.

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