Sexologie: Apprendre à se connaitre
Samir entre, il se présente, il a 23 ans, il est très amoureux. Il consulte pour un problème d’éjaculation précoce dit il.
Son portable sonne, il s’excuse car c’est sa « fiancée », je lui propose, si elle est dans les parages, qu’elle nous rejoigne. En effet, elle l’attend dehors, aussi part il la chercher.
Quelques minutes plus tard ils reviennent tous les deux, et
Nadia se présente, et parle d’emblée du motif de leur visite
« Nous sommes très amoureux, mais ça ne va pas, dès qu’il me touche, des qu’il commence à vouloir me pénétrer, « ça » ne marche pas, son érection ne dure pas car il jouit tout de suite. Je me sens frustrée ! Je n’ai jamais connu ça »
Après une discussion, j’apprends qu’ils sont tous les deux jeunes diplômés, qu’ils ont un emploi mais vivent chez leurs parents respectifs, que Samir n’a connu que deux jeunes femmes auparavant, que Nadia en revanche a une expérience sexuelle beaucoup plus importante et qu’elle a 3 ans de plus que lui. Ils entretiennent une relation depuis quelques mois et ont des relations sexuelles depuis quelques semaines. Ils se retrouvent environ 2 fois par semaine, à l’hôtel, ou chez une amie souvent à l’étranger.
Elle a eu l’habitude avant Samir de rencontrer des jeunes gens expérimentés, avec lesquels elle n’a pas eu à faire preuve de talents d’initiatrice. Elle est déroutée par la situation, et son embarras même met Samir dans une position d’infériorité très pénible pour lui. Il se sent coupable, malade, voire diminué, et Nadia en devient presque exigeante.
L’environnement de Samir et de Nadia, comme celui de beaucoup de personnes dans notre société actuelle, place la performance sexuelle comme une normalité. On lit dans les magasines que les femmes doivent jouir, avoir des orgasmes, et que les hommes doivent faire durer les préliminaires, multiplier les érections, etc…
Aussi, que Samir soit novice n’est absolument pas pris en compte par ce jeune couple. Il est dans le devoir de donner du plaisir à sa compagne. D’emblée, il doit être performant. Mais comment le peut il ? Il n’a pas l’habitude de se caresser seul, d’avoir des lectures évocatrices, il n’a pas eu « d’éducation sexuelle » susceptible de lui permettre de prendre son temps. Il est jeune, amoureux, désireux de faire l’amour à sa compagne, et le moindre contact avec elle l’excite considérablement.
Nous passerons le reste de l’entretien à expliquer qu’il faut accepter la réalité : Nadia et Samir doivent s’organiser en fonction de l’histoire de chacun. Samir débute, et comme tout débutant, il subit la loi de l’inexpérience. A Nadia de prendre la responsabilité, celle d’être heureuse et de le guider, tout en s’amusant.
C’est un rôle difficile pour cette jeune femme, qui ne se voyait
pas en initiatrice, qui rêve au contraire d’une certaine passivité, qui aime les hommes virils, comme elle le dit elle-même « assez machos ». Elle comprend qu’elle a un rôle à jouer à part entière, celui d’outrepasser cette envie de passivité, pour avoir une démarche active, afin de contribuer à la construction de ce futur couple.
Samir de son côté se pacifie, se déculpabilise, et comprend qu’il ne doit pas forcément se cacher, qu’il peut faire entrer d’autres pratiques personnelles dans le couple comme la masturbation, pour apprendre à mieux connaître son corps, ses réactions, son rythme et surtout celui de sa compagne.
En pratique, cela veut dire qu’il faut s’exercer, mais aussi qu’il faut se ménager des moments de rencontres et d’essais très fréquents, afin que peu à peu, chacun s’harmonise. Il ne faudra penser au projet de couple qu’après. Pour l’instant, il n’y a pas d’élaboration possible car ils sont tous les deux trop différents dans la maturité sexuelle et dans les attentes.
Samir et Nadia repartent en ayant conscience que construire un couple est un travail, que faire l’amour comme des adultes n’est pas inné, qu’il y a un apprentissage qui passe par le don de l’autre.
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