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Pourquoi gribouille-t-on ?
Victor Hugo barbouillait de suie et de café des griffonnages de toutes sortes, sur des couvertures de livres ou en marge de ses textes. Cela lui donnait une récréation disait-il, qui libérait sa rêverie et stimulait son imaginaire ! Il a tracé ainsi des quantités de formes abstraites ou concrètes. Et par exemple de nombreux ectoplasmes notamment lorsqu’il s’est intéressé au spiritisme. Le griffonnage traduit ainsi des passions, des angoisses, des questionnements. Ils aboutissent aussi à une sorte de dialogue intérieur. Ils peuvent exprimer une obsession mais aussi en libérer les tensions. Dans tous les cas, c’est acte qui tend à dénouer ce qui est pénible, à libérer ce qui est pesant. Par ailleurs, la sensualité est présente dans le griffonnage. Une part de jeu, une notion de plaisir entrent en ligne de compte. Alors n’hésitez pas, laissez vous aller à griffonner si vous en ressentez le besoin.
Un témoignage de la vie intime.
Comment dessinait-on avant de savoir écrire? En s'interrogeant sur l'histoire du geste, en se penchant sur les toutes premières représentations graphiques de l'être humain, que découvre-t-on? Allons faire un tour aux racines de l’humanité : à l'époque de la préhistoire, la représentation de la femme se faisait par le cercle, la représentation de l'homme par le bâton ou par des tirets.
Puis le rectangle ou des lignes de petits points sont devenus des variantes de l'un et l'autre sexe. On retrouve aujourd'hui dans la représentation graphique de l'homme moderne, une symbolique analogue. Celle-ci apparaît dans les dessins autant chez l'enfant que chez l'adulte. Cette particularité est présente dans les formes libres comme dans l'écriture. Ce principe peut s'élargir au-delà du graphisme. Ainsi, les formes rondes, les contenants, les vases, sont en relation avec le ventre maternel. Ils représentent la femme, alors que les bâtons, les flèches, les armes pointues sont une représentation inconsciente phallique. On retrouve ces notions dans les images publicitaires qui ponctuent notre vie de tous les jours, mais aussi dans la psychanalyse, dans les gribouillis de l’homme et de la femme du 21ème siècle.
A l'aube de l'humanité, loin d'être un système simpliste, la symbolique associait déjà des formes abstraites à des animaux, ainsi qu'à d'autres concepts. Ainsi les cavernes par elles-mêmes étaient considérées comme des symboles féminins. C’est vrai aujourd’hui sur un plan psychanalytique. Si le cercle et le bâton représentent de façon aisément compréhensible la différenciation des sexes, la stylisation et l'abstraction qui en ont découlé dès cette époque , ne sont pas sans intérêt. Cette forme de logique peut effectivement apparaître d'elle-même dans les griffonnages de l'homme moderne. Ainsi un adolescent qui dessine des objets phalliques (tels que bâton, avion, sabre, fusée ou des formes abstraites fuselées) traduit sa recherche d’identité masculine. Dans les griffonnages d’une femme, ces mêmes sujets expriment sa relation à l’homme ou un côté viril de sa part.
Les animaux assez fréquents sont souvent liés à la sexualité et à la sensualité. On connaît la symbolique du serpent qui exprime la libido mais au détour d’un stéréotype comme on en rencontre avec la tête de « Bug Bunny » ou de « Mickey » on perçoit aussi la timidité qui se cache derrière un portrait que tout le tout le monde connaît mais qui est factice. Ceci est souvent la marque des personnalités qui se cherchent et qui aimeraient communiquer avec plus d’aisance autant dans leur vie sociale que dans l’expression de leur sexualité.
Découvrir le sens de ce que l’on dessine en toute liberté est une possibilité de comprendre un aspect parfois ignoré de soi-même. Cela met l’accent sur une richesse en sommeil, sur un potentiel qui n’est pas toujours exploité. C’est parfois une rencontre ludique et profonde qui est libératrice.
Ce que révèlent vos gribouillis (Sylvie Chermet Carroy)
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