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Les larmes ont bien des usages, et pour le psychanalyste il est clé de pouvoir décoder leur message.
L’être humain est le seul animal qui pleure, même s’il n’est pas le seul à avoir des larmes. La fonction de ces larmes reste sujette à recherche et à controverse. Pour certains il s’agit de l’expression de notre système sympathique, correspondant au contre coup d’une forte émotion. Pour d’autre il s’agirait d’un marqueur, qui viendrait souligner et prouver la réalité de nos émotions. Ainsi si je pleure c’est que je suis réellement triste. Cette dernière explication est assez explosive, comme si nous avions, dans nos gênes, le marqueur du mensonge. Ceci étant tout thérapeute sait que nous mentons tout le temps sur presque tout !
Dans mon cabinet, comme dans la vie réelle, les femmes pleurent plus que les hommes. Mais un genre comme l’autre pleure beaucoup plus que dans la vie courante, certains et certaines à chaque séance. La présence d’une boîte de mouchoirs est l’accessoire le plus important du thérapeute.
Il m’a donc été souvent donné de réfléchir à ces larmes, à ces expressions, visages ravagés par ces émotions incontrôlées, et, il est vrai, souvent apaisantes. Il est bien difficile de départager les deux grandes explications avancées en introduction. En effet, les larmes sont l’expression d’une émotion trop intense pour être soutenue. Elles permettent à la fois de limiter la progression d’une émotion comme une digue arrêterait la crue d’un fleuve. Mais elles permettent aussi d’appuyer une démonstration, une expression de la souffrance intérieure, comme s’il fallait prouver au thérapeute la réalité de la détresse ainsi ressentie. Les larmes sont un puissant feu rouge, on ne va pas plus loin, on ne passe pas. Evidemment pour moi, c’est précisément ce moment qui m’intéresse, celui où je touche la limite que l’inconscient est prêt à accepter. Il me faudra revenir plus tard, autrement, différemment, mais je sais que c’est là que je dois venir.
Il est paradoxalement toujours étrange pour moi de voir mes patients me quitter avec un visage apaisé et une sourire sur les lèvres, après avoir passé toute une séance à pleurer. A pleurer sur eux même, car on ne pleure jamais que sur soi. Me promenant au cimetière, j’étais frappé par la détresse qui s’y trouvait. Non la détresse des morts, mais celle des vivants ayant écrit parfois des phrases sublimes sur les sépultures. Lorsque l’un pleure son ami disparu trop tôt, n’est ce pas sa propre solitude qu’il pleure ?
Si vous doutez du rôle de marqueur des pleurs, interrogez vous sur notre comportement devant un enfant qui pleure. Il nous est impossible de ne pas nous approcher, le câliner, lui parler, le consoler. Et pourtant, rien ne nous dit que sa souffrance est bien plus profonde que celle d’un autre enfant, lui n’ayant plus de larmes pour pleurer. Rien sinon cette expression qui agit sur nous comme un réflexe.
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