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Fabienne a 30 ans et elle est cadre moyen dans une entreprise depuis 4 ans.
Elle consulte pour parler de fantasmes sexuels masochistes. Elle vit avec Alain depuis 10 mois. « Je ne suis pas frigide, mais cette chose m’arrive de plus en plus souvent, je ne peux pas atteindre l’orgasme sans imaginer que je suis attachée, violemment fouettée par Alain ou giflée. Je n’aime pas la douleur, mais avant de prendre rendez-vous avec vous, j’ai demandé à mon copain de me fesser, j’ai eu un plaisir intense que cela m’a fait peur. Je suis masochiste. »
Fabienne raconte son enfance. « Mon père était violent quand il avait bu, il me frappait avec sa ceinture dès l’age de 6 ans. Il me terrifiait quand il hurlait après moi. Ma mère aussi était à son service. Elle me disait que les hommes sont comme ça »
Ses relations avec les hommes se sont déroulées selon une répétition inquiétante, elle cherchait un homme séducteur, à très forte personnalité, et un peu macho. Elle n’arrive pas à se sortir d’un « type » d’homme capable de la séduire, plus âgé qu’elle, avec un physique précis « Depuis mon enfance l’homme pour moi est celui qui est fort, qui frappe, et qui console ensuite ». Ses relations se sont soldées par des échecs. Certaines scènes de violence conjugale restent dans sa mémoire, « un de mes partenaires a découvert cette faille en moi. Il me frappait, me dominait, puis me consolait, j’étais dépendante de lui. J’avais de plus en plus besoin de lui et de ses coups. J’ai cependant rompu car les coups sont devenus quotidiens et que je pensais sans cesse à ma mère » Peu à peu, elle raconte ses différentes expériences sexuelles qui s’orientent toutes franchement vers une relation sado- masochiste.
Le retentissement du comportement paternel a crée chez Fabienne une confusion dans sa perception des hommes, elle les voyait comme des êtres violents, brutaux, « phalliques ». Ses relations intimes étaient influencées par cette image, dont la dernière manifestation est son fantasme masochiste, fantasme qu’elle dit ensuite avoir mis à exécution. L'attitude de la mère, en s'effaçant volontairement, n'est pas érangère non plus à cette confusion puisqu'elle lui sert d'exemple
Bien que l’autorité parentale ait changé de visage depuis trente ans, l’image du père « fouettard» demeure et ses retentissements psychologiques sur les enfants aussi. D’autres formes d' images violentes du père existent dans les familles recomposées où un homme arrive dans le foyer pour imposer son autorité sur des enfants qui n’ont plus leur père au quotidien. Chez Fabienne, parler de son père, le condamner, le critiquer est le début du traitement, sortir de la culpabilité en désignant ce comportement, est essentiel pour sa guérison.
Quelques points d’analyses me semblent importants :
1- Les fantasmes sont là pour stimuler, pour être sources d'excitation et de plaisir. Mais lorsqu'ils deviennent exclusifs ou inquiétants, une discussion psychologique est conseillée. Dans le cas de Fabienne, la discussion nous montrera qu’elle ne parvient à l’orgasme, ou même à avoir du plaisir, qu’en ayant recours à une violence de plus en plus forte, en fantasmant, voire même en souffrant réellement.
2- La fonction paternelle est vitale pour un enfant, c’est l’un des piliers de sa construction psychique. Elle sert à donner un point d’appui afin de séparer l’enfant de sa mère ceci pour lui permettre de grandir et permet l’accès au respect des limites et des lois.
3- Le père devrait être un modèle pour l’enfant : il donne au garçon la possibilité d’être père plus tard, et à la fille son modèle masculin.
4- Un père violeur ou violent est de ce fait néfaste pour ses enfants, et par seulement dans le quotidien où il fait souffrir ses enfants, mais aussi parce qu’ il leur donne un enseignement confus, et dessine dans la structure mentale de ses enfants un monde perturbé, dont ils auront le plus grand mal à sortir pour percevoir, pour vivre une « norme ».
5- La relation père-fille est une "zone sensible", être proche d'elle sans être dans une dimension "incestueuse" ou confuse est primordial.
6- En s'appuyant sur le désir inconscient qu'elle ressent pour son père, la jeune fille se développe et existe socialement. Il est important que le père soit présent, qu’il l’accompagne et la valorise. Cependant, se désintéresser de la réussite de sa fille, la décevoir, risque de l’inciter à se désinvestir, à ce qu’elle ne construise pas une confiance en elle-même nécessaire à son équilibre. C'est là le problème œdipien selon Freud qui permet à l'adolescente de voir son père avec un regard nouveau, en dépassant le regard émerveillé de la fillette qu’elle était.
Au fil des séances, Fabienne a appris à regarder d'un autre oeil la relation qu'elle pouvait entretenir avce les hommes, en désacralisant son père, qu'elle a réussi à voir d'un oeil critique. Elle s'est rendue compte qu'un autre type de relations homme-femme, beaucoup plus épanouissant et équilibré pouvait exister, que le rôle de la mère-femme avait été primordial dans son déséquilibre de petite fille.
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