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Jean-Michel a 38 ans, célibataire, ingénieur informatique originaire de Lille, il vient d'être nommé à un nouveau poste à Toulouse. Profitant d'un bref voyage professionnel à Paris, il décide de consulter pour comprendre, et si possible guérir, selon son expression, une "panne de libido".
D'emblée, l'entretien met en relief plusieurs problèmes, qui sont autant de motifs de risques habituels pour la sexualité. Du point de vue sentimental cette mutation dans le midi le sépare de Muriel - sa compagne depuis trois ans. L'histoire finissait en dernier par battre de l'aile et ce départ accélère une fin prévisible. Matériellement, ce n'est pas satisfaisant non plus : il n'a pas encore trouvé d'appartement et la vie quotidienne à l'hôtel devient insupportable. Les trajets, les nouvelles conditions de travail, les mauvaises habitudes alimentaires, le sentiment d'isolement… forment il est vrai une addition de tracasseries suffisamment nocives pour amoindrir la virilité et freiner ses pulsions.
Ce passage à vide (il fallait s'en assurer) n'a par ailleurs aucun rapport avec des problèmes d'ordre médical et Jean-Michel ne signale aucun souci majeur de santé. En réalité, malgré l'accumulation du stress, il avoue ne pas se sentir physiquement épuisé ; c'est moralement que les efforts sont pénibles à soutenir pour sortir de la monotonie, de la morosité de sa vie quotidienne : il se dit "fatigué". A deux reprises déjà, cet état de lassitude, de perte des motivations à aller vers les autres, à prolonger des rencontres féminines par la recherche mutuelle de plaisir, a débouché sur un comportement de fuite, d'impuissance à assurer les besoins de la partenaire ; l'échec est alors inévitable. Comme Jean-Michel est conscient de n'avoir aucun problème d'érection, il traduit cette impossibilité de venir à bout d'un rapport en termes de perte de libido…
La place qu'occupe la fatigue dans les soubresauts de sexualité de Jean-Michel est assez proche de celle de la "migraine" des femmes frigides et dépressives. Cette passivité involontaire est un signal fort de "ras le bol" qui entrave, étape par étape, tous les secteurs de la vie. La baisse d'activité sexuelle est habituellement le premier palier de cette chute de vitalité. Apparaissent ensuite les troubles du sommeil et de l'appétit… Jean-Michel ne se dit pas déprimé, mais son médecin généraliste lui a tout de même prescrit il y a trois semaines une cure brève d'anti-dépresseurs. Il s'est senti plus léger, plus détaché de ses ennuis quotidiens, mais un nouvel échec sentimental l'a déçu de nouveau, et poussé à consulter.
Finalement, lors d'un second entretien, émerge un début d'explication : en revenant sur les circonstances de sa rupture avec Muriel, apparaît un facteur déclenchant tout à fait plausible de cette faiblesse sexuelle : la tristesse. Ce n'est pas lui qui a mis fin à cette liaison, ni même le prétexte de sa mutation, c'est Muriel qui l'a quitté, et il en a ressenti une très profonde blessure d'amour propre et d'amour tout court.
Mes conseils
En refoulant son désir vis à vis de nouvelles partenaires, Jean-Michel trahit malgré lui un sentiment d'abandon qui n'est pas maîtrisé. L'épisode est encore douloureux, et exige sans doute un délai supplémentaire avant d'être neutralisé par l'éloignement.
L'essentiel de la prise en charge de cette fausse "frigidité" masculine consiste donc à aider Jean-Michel à accepter la réalité de sa douleur, et de comprendre qu'incapable de dire qu'il est malheureux, il laisse son corps l'exprimer en étant "fatigué". Plus vite sera acquise la certitude que sa sexualité est indemne, mais qu'elle fait les frais d'une séparation très mal vécue, plus vite se mettront en place de nouveaux projets.
Il n'est pas facile pour un homme de prendre conscience de sa fragilité, mais il vaut mieux accepter la vérité et se donner le temps d'oublier, que d'ajouter une culpabilité supplémentaire au tableau en consultant un sexologue.
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