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Le praticien se méfie toujours lorsque des notions ou des concepts passent dans le public. En général parcequ'elles sont mal interprêtées. ici, en ce qui concerne l'Oedipe, le plus dangereux est sans doute que ce concept théorique reste erroné.
Le complexe d’Œdipe, dont l’existence remonte à une pièce de Sophocle, est aujourd’hui passé dans le langage courant, et c’est une notion qui est devenue familière. Freud en a fait la pierre angulaire d’une grande partie des troubles dont les hommes souffrent, troubles générés par un complexe d’Oedipe non ou mal résolu. Il pose ce principe en 1910 et va s’acharner à le nourrir pour en faire un concept universel. Pourtant, la clinique quotidienne montre à quel point ce complexe, si commun pour tous et toutes aujourd’hui, paraît largement erroné. Et avec lui, tous ces mythes fondateurs de la psychanalyse passés dans le langage courant, comme l’angoisse de castration.
En dehors de l’observation et de l’analyse de patients, le complexe d’Œdipe tel que défini par Freud, porte en lui toutes ses contradictions. Il s’appliquerait uniquement au petit garçon et non à la petite fille, dans une société dont l’organisation de la famille au temps de Freud est loin d’être la norme, s’appuyant de plus sur Sophocle qui, contresens suprême, opposait la cité à l’individu. Le plus ennuyeux pour Freud est que cette réflexion procédait d’une auto-analyse et ne s’appuyait pas sur une démarche scientifique et rigoureuse que l’homme appelait généralement. Il a été possible de mesurer à quel point Freud suggérait à ses patients ses propres analyses et propres projections.
Cette théorie ne cesse de faire des dégâts même si de nombreux analystes ne l’appliquent pas, ou même la mettent en cause directement. A force de tout voir sous ce prisme, l’analyste prend le risque de passer à côté de l’essentiel et en particulier de l’attachement à la mère. Car c’est bien de cela dont il s’agit, et vouloir interpréter le désir du petit garçon à la lumière de nos désirs sexuels d’adultes est faire une erreur tragique d’interprétation : si le petit garçon (mais aussi la petit fille) a un tel désir de sa mère, c’est pour retrouver cette fusion rassurante et merveilleuse qui était la sienne peu de temps auparavant.
Cet attachement à la mère, qui n’a rien de sexué, et qui n‘est, suivant mon expérience, en rien sexuel, est pourtant source de bien des névroses et de bien des souffrances. La mélancolie, la recherche de son double, l’incapacité à jamais être satisfait(e), le besoin de fusion destructrice sont autant de symptômes d’un détachement à la mère qui a été mal ou peu réalisé. Rester sur une théorie aussi bancale, c’est le danger de passer à côté des véritables causes et ainsi de ne pouvoir aider la patient en demande.
Il est frappant de constater que si la littérature psychologique au sens large développe ce thème de l’attachement à la mère, et c’est tant mieux, cet enseignement n’est pas encore passé par capillarité à la littérature plus grand public destinée aux mamans. Parce que si beaucoup est dit et fait pour nous aider à élever nos enfants, très peu de choses sont dites pour nous préparer à nous en séparer. Or ceci commence très jeune…
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