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En route pour un congrès de Sexologie où je vais rencontrer beaucoup de confrères sexologues de formation différente de la mienne, me vient en tête les volumes incroyables de prescriptions médicales dans la plainte sexuelle.
La médicalisation est pour moi problématique car elle empêche de réfléchir, elle "décérébralise". Plutôt que de ses préoccuper des causes, des racines, on agit sur les conséquences. On reste dans la cosmétique sans réfléchir à ses capacités érotiques, à la vraie question du désir, à la nécessité, ou non, de la jouissance. La sexualité passe alors de la spiritualité, du mythe, à la consommation tous azimuts. Or, qu’est ce que cette sexualité là, si ce n’est l’expression intime de ce que nous sommes profondément, être humain doué de conscience et de réflexion ?
Mon rôle de sexologue est d’apprendre l’humilité physique à mes patients, et de les accompagner dans l’évaluation de leur potentiel érotique.
C’est facile de prescrire un médicament pour bander ! Facile pour le prescripteur, qui se donnera juste la peine d’expliquer le médicament, sans chercher les causes réelle. Facile pour celui qui avale le comprimé, il peut mettre en doute son efficacité, penser qu’il a un léger problème passager, etc., sans aller plus loin dans l’analyse.
Mais c’est la même chose que prescrire un médicament anti obésité, anti cholestérol, etc. On perd ainsi la notion d’effort, l’envie de l’apprentissage, la nécessaire remise en question de ces capacités, au profit d’une exigence de consommation, de résultats. Le médicament sexuel devient plus qu’une béquille. Il est LE responsable, l’assurance tout risque d’une sexualité qu’on croit épanouissante. C’est lui qui engrange les torts en cas de défaillance.
La faute à qui ?
Nous sommes tous responsables dans nos différents rôles.
Rôle des parents qui ne véhiculent pas une image de la sexualité saine, épanouie, à construire dans le temps, évolutive. J’évoque la les jeune de mai 68 qui se sont révélés pour certains de mes patients des modèles catastrophiques, notamment dans une permissivité sans étayage, ou dans un questionnement perpétuel qui empêche de donner un sens
Rôle des éducateurs. Il n’y a pas d’école de l’amour. On n’apprend nulle part à séduire, à conquérir, à se connaître. Le marivaudage a disparu, tout comme l’amour courtois, tout comme les groupe de pairs. On est à l’école de la pornographie qui n’offre qu’un des aspects de la sexualité, tronquée, truquée, donc faux et source d’angoisse.
Rôle des medias au sens large, qui se sont réappropriés cette pornographie sous toutes ses formes, et qui enjoignent les lecteurs et lectrices, les "fashion victims", les indécis et consorts, dans une obligation à toujours plus d’orgasmes et toujours plus de jouissance.
Aussi les patients viennent ils aujourd’hui avec une demande de satisfaction immédiate. Quelle déception pour eux. !
Que peuvent espérer mes jeunes femmes de 23 ans qui ont tout essayé ? Echangisme, homosexualité, pluralité, postures, etc…Cette frénésie leur est dictée par leurs lectures, par la vision que les agences de pub nous en donnent, par la mode qui les transforme en objet sexuel dès la prime adolescence. Parler du désir, de l’attente, de la frustration, de l’érotisme, prend du temps….Au même titre qu’apprendre à faire la cuisine. On n’est pas grand cuisinier en 24h. On peut choisir les plats tout prêt, ou l’apprentissage.
Et encore, cet apprentissage est ingrat, car il n’est pas possible pour tous. Il faut alors faire son deuil et réaliser que sa sexualité ne sera jamais celle des magazines, que c’est un leurre.
Que dire à ces hommes obsédés chaque jour par la performance d’un sexe réduit à l’état d’outil ? D’objet ? Qu’il faut de l’imagination, de la créativité, de la tendresse, qu’il est pourvu d’autre chose par la nature que d’un sexe éventuellement en érection, que la sexualité va donc à l’encontre de la facilité et que la notion d’effort y est prépondérante, car l’humain est paresseux ; il se complait dans ce qu’il connaît, dans ses rituels rassurants qui s’appauvrissent au fil du temps.
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