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Camille a 26 ans ; infirmière à Marseille, elle vit chez Gérôme depuis dix mois. Ils se sont connus à Paris il y a trois ans. Gérôme a trouvé un poste d'enseignant l'an dernier et a du "descendre" dans le sud, Camille l'a rejoint pour s'installer avec lui après avoir elle aussi trouvé un nouveau contrat hospitalier. Or, depuis qu'ils se sont décidés à habiter ensemble, rien ne va plus.
C'est Gérôme qui consulte. A 29 ans il n'a vécu que de brèves histoires, et jamais de cohabitation. Avec Camille, sa conception de l'indépendance, du célibat volage, a été bouleversée et il a, dit-il, la certitude que c'est la "femme de sa vie"… Or, à l'atterrissage, les rêves sont moins formidables que prévu. La ville leur plaît, le studio est correct, l'entourage amical se construit, il n'y a que le côté sexuel qui flanche, mais ça devient un vrai problème, surtout depuis le retour des vacances en Grèce de l'été dernier : les rapports sont de plus en plus rares et pour lui, beaucoup moins amusants qu'avant leur déménagement. Le motif du rendez-vous s'énonce donc en termes de désir : "j'ai de moins en moins envie" dit Gérôme. Il exprime une double demande, savoir à quoi c'est du, et comment y remédier.
Très lucide sur le brusque changement de vitalité sexuelle du couple, Gérôme soupçonne à juste titre le rôle néfaste des conditions de vie quotidienne, plutôt qu'un dérapage des sentiments. Dans la précipitation du désir de quitter la région parisienne, Camille a du en effet accepter un poste de nuit, assez pénible ; le rythme alterné des jours de congé la fatigue plus qu'elle ne l'imaginait, ou en tous cas, perturbe l'organisation de son sommeil. Est-ce là le motif principal de leur abstinence ? Il n'y croit pas trop car malgré son stress permanent Camille persiste à faire des avances et à regretter cette situation de "calme plat" entre eux. Interrogé sur les scénarios de leurs rapports, leurs habitudes, de l'époque précédente, Gérôme ne nie pas que certains "tics" de Camille l'avaient surpris et parfois agacé. Prenant prétexte d'avoir travaillé en "réanimation", comme elle disait, Camille manifestait une véritable obsession de la propreté corporelle. Si ce n'était que l'affaire de deux douches par jour Gérôme ne s'en souviendrait pas, le plus difficile à vivre avoue-t-il, était plus en relation avec l'hygiène intime, qu'elle poussait à l'excès, au point de transformer son sexe en rayon cosmétique d'une grande surface. Oui, force est de l'admettre, en vivant sous le même toit, les manies de chacun prennent un relief étonnant, voire insupportable. En demandant à Gérôme d'être encore plus précis, il reconnaît que ce qui a décapité son désir c'est le rituel qui suit l'éjaculation : non seulement l'obligation qui lui est faite de mettre un préservatif n'est pas plus négociable aujourd'hui qu'hier, mais ce qui est franchement humiliant c'est la vitesse avec laquelle Camille court sous la douche pour se laver immédiatement après…
Mes conseils
Le bilan de cette discorde ne peut pas se faire à priori sans rencontrer la principale intéressée, évidemment, mais auparavant il faut se donner tous les moyens d'aborder le problème "en privé".
Convoquer Camille à consulter c'est prendre le risque de la culpabiliser, de transformer ses manies en trouble psychique, de déstabiliser encore plus le couple, même si son équilibre actuel est vraiment précaire. Cette stratégie des "petits pas" à huis clos est d'autant plus utile que le problème n'a pas encore fait l'objet du moindre dialogue ; Gérôme n'a rien osé dire.
Ce silence est sans doute responsable de sa "frigidité" : sa perte de désir est un signe d'appel, une réaction d'autodéfense, pour que Camille le comprenne et l'entende. Quoi dire ? Tout d'abord la vérité sur ce qu'il ressent comme une humiliation (le dégoût de son sperme) ; ensuite, écouter à son tour l'histoire de Camille, pour découvrir par exemple ce qui motive une telle obsession…
En cas d'échec, une médiation est concevable, et dès lors, on ne peut plus éviter de pousser le bouchon bien plus loin que ces questions de savonnettes, puisque, ce que Camille tente désespérément de nettoyer, c'est sans doute sa mémoire.
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