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Je reçois dans ma pratique quotidienne des couples qui viennent presque trop tard, qui vont tellement mal qu’un fossé s’est creusé et que la communication, même chez le thérapeute, ne peut plus se rétablir entre eux. Ils souhaitent cependant trouver une autre solution qu’une séparation. S’imaginer changer, même avec une aide extérieure, pour rétablir du désir, de l’amour, de l’envie d’être ensemble, se révèle utopiste. Reste une voie à explorer, celle de la séparation provisoire afin de mesurer les liens qui les unissent encore. Le constat à faire parfois, est qu’il y a sans doute une problématique individuelle à résoudre, de façon personnelle, et qu’il y a comme une nécessité à mener cette réflexion de façon égocentrée, pour savoir si il y a une possibilité de reconstruction à deux.
Je propose alors quand c’est possible, une injonction de séparation. Elle n’a rien d’un acte juridiquement officiel comme son appellation pourrait le laisser supposer. C’est une façon très cadrée de déterminer dans quelles conditions un couple se sépare momentanément, pour une durée minimale toutefois de 6 mois. Chacun va vivre de son côté, sans autres rencontres ni contacts que ceux qui ont été prévus initialement. On passe en revue les aspects matériels, les rôles de chacun vis-à-vis des devoirs et obligations familiales, vis-à-vis des enfants s’il y a notamment, tout ou presque est prévu.
Quand j’ai recours à cette proposition, c’est avec ce que je souhaite être un maximum de lucidité. J’essaie de tenir compte de la part de manipulation inconsciente, avec les arrières pensées de chacun des deux partenaires. Il y a un désir enfoui de chacun de faire alliance avec moi, pour en tirer un bénéfice : concret au travers des modalités de l’injonction, plus immatériels au travers d’une bienveillance supposée pencher plus en faveur de l’un que de l’autre. Je refuse que l’on vienne m’arracher une caution pour aller dans une direction préméditée ou une autre. En cela, je me dois d’être sans cesse sur le qui vive, sous une sérénité apparente.
Au-delà également de ce que tentent de faire vis-à-vis de moi mes patients, je reste vigilante vis-à-vis de moi-même. Du pouvoir que je crois être capable d’exercer. Je ne crois absolument pas à la bienveillante neutralité. Tout le langage infra verbal nous pousse à nous faire une opinion, à ressentir quelque chose pour tel ou telle. Le premier regard, la poignée de main, un sourire ou son absence, une intonation dans la voix, une carnation de peau, un parfum, la démarche, la façon de s’asseoir, etc…Ce qui à mon sens est essentiel, c’est d’avoir cette lucidité là : connaître profondément nos motivations pour faire ce métier de thérapeute, plus particulièrement celui de sexologue, et garder du recul par rapport à la place que nous prenons très vite dans la vie de nos patients. Faire la pluie et le beau temps pour un couple, le temps des consultations, le temps qu’elle vont résonner pour eux, peut semble être ressenti comme gratifiant. Or, ce n’est absolument pas le sujet. Ce que je cherche à transmettre, c’est ce qui me semble être le meilleur pour cet homme là, cette femme là, à ce moment là de leur vie, avec les éléments qu’ils m’ont apportés, avec ce que mon expérience m’a permis d’acquérir, avec ce que mon intuition m’autorise à penser.
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