|
|||||||||
La crise d'adolescence est aujourd'hui entrée dans le vocabulaire. Personne ne la conteste, on la considère comme naturelle, comme un passage obligé. Parallèlement les jeunes n'ont jamais été autant sous les feux de l'actualité et au milieu des préoccupations de la société.
La notion d'adolescence est somme toute assez nouvelle, l'histoire mentionne pour la première fois l'adolescence en tant que caractère social au XVIII siècle au travers d'écrits où sont exprimées des plaintes concernant des déprédations provoquées par des groupes de jeunes gens.
Bien sur cela ne veut pas dire que l'adolescence, aussi bien au niveau biologique que social, n'existait pas avant cela, mais à partir de cette période elle sera identifiée en tant que telle, la société la pose comme un état reconnu. Après la dernière guerre, les problèmes adolescents existaient donc déjà et ils étaient peut-être plus importants qu'aujourd'hui, seulement, cela se voyait peu. La vie psychique des adolescents pouvait être laminée dans le travail précoce et cela les conduisait à l'alcoolisme, en particulier dans les campagnes.
Aujourd'hui, les adolescents ont de multiples opportunités d'épanouissement et d'ouverture au monde. Cependant, comme la société exige plus d'eux et valorise l'extériorisation, les adolescents expriment davantage leurs difficultés. N'oublions pas par ailleurs qu'en Europe, le fait qu'une génération ne subisse pas la guerre constitue une véritable révolution, qui a des conséquences en termes d'agressivité. N'oublions pas non plus que c'est la première fois que les jeunes ont un mode de vie aussi peu en rapport avec celui de leurs parents. La situation n'est donc pas si mauvaise et nous devons nous en souvenir : 80 % des adolescents vont bien et la grande majorité d'entre eux sont très attachés à leur famille. Selon plusieurs enquêtes, cinq adolescents sur six considèrent en effet la famille, quelle que soit sa forme, comme la première des références. On peut même craindre l'émergence d'un risque « familialiste », désignant la tendance à considérer bon tout ce qui relève de la famille et menaçant tout ce qui lui est extérieur. (Cf le film Tanguy qui illustre bien ce propos)
Le terme de crise d'adolescence est cependant récent dans notre société. Il est de plus en plus reconnu une spécificité adolescente, et l’on reconnaît également que c'est une période sensible, une période d'affrontement. Ce phénomène prend toute sa vigueur dans les problèmes actuels liés a la jeunesse : phénomène de bandes, violences intra-scolaires et extra-scolaire, importance et répulsion du système scolaire, et le taux de suicide qui est la première cause de décès chez les quinze - vingt-quatre ans.
Cependant, l'adolescence n'est pas une maladie : elle résulte de la puberté et du mode de prise en charge du passage de l'enfance à l'état adulte par la société, mais elle a toujours été considérée avec méfiance par cette dernière car elle correspond au moment où l'inceste et le parricide deviennent possibles. Pour ouvrir l'enfant à l'exogamie et le séparer de son enfance, des rites d'initiation brutaux ont donc été organisés par les diverses sociétés. Aujourd'hui, la transition vers l'état adulte est beaucoup moins organisée et dure beaucoup plus longtemps, puisqu'elle peut s'étaler sur dix ans. Cependant, l'adolescence reste marquée par la puberté, celle-ci entraînant des changements relationnels et un certain malaise vis-à-vis des parents. La sexualité rapproche en effet l'enfant des parents et la proximité corporelle entre eux devient gênante. Les enfants les plus proches de leurs parents sont ainsi peut-être ceux qui doivent le plus s'en éloigner.
Or le fait de prendre de la distance implique de s'appuyer sur ses propres ressources, surtout dans notre société actuelle, très exigeante en termes de réussite individuelle et très permissive. L'adage moderne pouvant être résumé ainsi : « Fais ce que tu veux mais fais le bien », les adolescents sont amenés à se remettre en cause, à réévaluer leur estime personnelle. Et ils ne bénéficient pas d'interdits protecteurs, leur permettant de remettre au lendemain ce qu'ils ne peuvent faire le jour même. Ce glissement de la considération accordée à la notion de valeur vers celle de la performance implique un effort de l'adolescent sans cesse renouvelé car l'exigence de performance est sans fin. Ce phénomène, qui touche aussi les adultes, piège l'adolescent à tous les niveaux, sportif, culturel ou scolaire.
S'appuyer sur ses propres ressources est très difficile pour un adolescent peu sûr de lui-même et le plonge dans le désarroi. Pour s'affirmer, l'adolescent doit réussir à se nourrir des autres, en l'occurrence de ses parents, et à s'en différencier. Cette double exigence paradoxale peut être vécue comme une contrainte insupportable pour un adolescent en difficulté. D'une part, il éprouve une forte insécurité et un besoin d'être rassuré, reconnu ; d'autre part, il ressent ce besoin d'aide comme une menace pour son autonomie naissante, d'autant plus que sa relation aux adultes est fortement sexualisée. L'aspect sexué de la relation s'illustre remarquablement dans le langage des adolescents et plus précisément des adolescents délinquants masculins. L'expression « prendre la tête » en est exemplaire. La mère « prend la tête » de l'adolescent dès qu'elle s'aventure à lui faire une remarque par exemple, elle colonise son territoire.
Ce réveil des pulsions et possibilités sexuelles va engendrer différents types de réactions abondamment décrites dans la littérature :
- L'ascétisme, la répression des pulsions sexuelles, refus des plaisirs (comportement que l'on retrouve dans les anorexies).
- L'intellectualisation : l'adolescence est le moment des questions existentielles et des interrogations philosophiques.
- La sublimation, terme hérité des descriptions philosophiques et dont la description dans le rouge et le noir par la comparaison aux grottes cristallisante est particulièrement savoureuse.
- L'intransigeance : Qui est une sorte d'affirmation par le refus et la lutte contre ce qui peut être perçu comme un danger pour ses convictions et donc pour son identité.
Il paraît intéressant de s'interroger sur les tenants et aboutissants de cette période afin d'être à même de resituer l'adolescence dans un contexte global, et de pouvoir essayer de comprendre tout ce qui en découle et tous les enjeux de cette compréhension.
Dans tout jugement il y a un avant et un après ; et dans le cas de l'adolescence cet avant est l'enfance, et cet après l'âge adulte.
L'adolescence serait donc la période où s'opère cette transition. Cette transition peut être abordée selon différents points de vue, en gardant à l'esprit les trois grandes interrogations de l'adolescence à savoir : la génitalité, la mort et la filiation.
Tout problème peut donc devenir pour l'adolescent un moyen de gérer sa distance avec ses parents. Un adolescent en difficulté scolaire peut par exemple décider que réussir au bac lui importe peu, afin de ne plus dépendre des examinateurs et en même temps de susciter l'attention de sa famille. Toute plainte corporelle et toute conduite d'opposition conduit à une amputation. L'adolescent sait qu'il se sabote, qu'il s'ampute d'une partie de ses possibilités, mais il en tire une grande force. Quand tout lui échappe, il lui est toujours possible de se faire du mal ou de nuire aux autres. Faire peur aux autres permet à l'adolescent d'évacuer sa propre peur. L'échec, quel qu'il soit, n'est pas donc pas un choix mais une contrainte. La créativité est une manière positive de répondre à la conscience de sa faiblesse d'homme ; la destructivité est la réponse de celui qui se sent impuissant.
Plus l'adolescent refuse de l'aide, plus il va mal, plus il a besoin d'aide, et plus il continue de refuser l'aide offerte. Si toute conduite d'échec à l'adolescence, y compris les tentatives de suicide, n'est pas pathologique, elle est donc au moins pathogène. Quand l'adolescent trouve le moyen de susciter à la fois l'intérêt des adultes et de les mettre en échec, il y prend goût. La conséquence en est que ceux qui ont le plus besoin d'être aidés sont les plus difficiles à trouver et à atteindre. Les structures mises en place ne touchent finalement que des populations allant relativement bien et capables de se prendre en charge. Les adolescents en très grande difficulté se sentiraient trop humiliés d'aller dans ces structures tellement leur demande est grande. Nous devons donc trouver des intermédiaires capables de les atteindre. Nous devons aussi créer des occasions de rencontre, d'échange entre adultes et adolescents. Je ne crois pas en effet aux grandes campagnes concernant les adolescents car elles ne font que renforcer dans leur opinion ceux qui sont d'accord avec la position diffusée et ceux qui s'en moquent. Les adolescents en difficulté ne cessent pas de se mettre en échec simplement parce qu'on leur dit que c'est mal, bien au contraire.
Comme le montrent des exemples historiques et ethnologiques, le regroupement "entre soi" est une constante adolescente. Ces regroupements ont plusieurs explications possibles, mais principalement un énorme besoin d’identification. Cette manière de s'affirmer en adoptant les us et coutumes d’un groupe est intéressante, car c'est par son appartenance au groupe, par le regard que le groupe porte sur lui que l'adolescent sera valorisé s'il adhère aux valeurs communes, qu'il sera "identifié".
On a donc souvent des regroupements de jeunes, bandes d'aujourd'hui, cercle de poésie, mouvement gothique, etc…Ces groupes peuvent être un lieu de débordement violent, l'affirmation de l'identité du groupe passant par la confrontation avec les valeurs traditionnelles, la société…le groupe devant être anticonformiste pour montrer sa différence. Cet anticonformisme exalté étant d'ailleurs plus le fait du sexe masculin plus enclin à des réactions tournées vers l'extérieur, que les filles, plus souvent positionnées sur le volet de l'inhibition
Mais la différence fondamentale entre notre société et celles qui l'ont précédée est le flou qui entoure l'entrée dans l'âge adulte. Les repères identitaires familiaux ("Tu seras boulanger/ Paysan / Soldat… comme ton père !") sont mis en difficulté par les problèmes actuels de chômage, d'acculturation des immigrés… De même les repères que pourrait donner la société sont de plus en plus rares. Les rites qui traditionnellement balisaient ces passages ont disparu.
Le seul rite immuable reste aujourd'hui, en occident, la scolarité. Le "passe ton bac d'abord" reste ancré dans les esprits même si lui aussi est de plus en plus dévalorisé. Le service militaire jouait encore ce rôle il y a une trentaine d'années, mais au fil des ans, lui aussi a perdu de sa solennité.
Voilà donc l'adolescent dans un contexte où il a peu de repères identitaires sociaux, et peu de rites auxquels se référer pour savoir où il se situe. Si on ajoute à cela la perte des repères familiaux avec les phénomènes de disparentalité, de schéma familial confus, et des idéaux ( déclin de la religion et du militantisme politique)…On en arrive à une situation où les adolescents n'ont jamais été aussi présents au sein de la société (allongement des études, marketing spécifiques, culture et mode préfabriquées…) et paradoxalement aussi peu reconnus (absence de rites de fin d'enfance et/ou d'entrée dans l'âge adulte, dépendance des fonds parentaux, difficulté d'accéder au monde du travail…).
Alors que penser alors de cette crise d'adolescence ?
Les phénomènes évoqués dans l'introduction sont une réalité, une réalité grave qui pause un véritable problème de société. Leurs liens avec l'adolescence et le passage à l'âge adulte sont indéniables.
Par ailleurs certains médias et psychologues ont poussé à cette focalisation sur le phénomène adolescent. Magazines spécialisés, "culture" adolescente prête à consommer, psychologie de bazar…Tout va dans le sens d'une prise en compte de plus en plus grande de l'adolescent.
C'est un constat étrange : On parle beaucoup des "jeunes", les "jeunes" inquiètent, les "jeunes" font beaucoup parler d'eux, les parents cherchent des moyens de gérer au mieux, la société, avec au premier rang l'éducation nationale, cherchent aussi à gérer ces nouveaux phénomènes sociaux.
Paradoxe ?
En reconnaissant leurs difficultés, en voulant les comprendre (alors que par définition l'adolescent ne sait pas, mais sait ce qu'il ne veut pas) au lieu d'expliquer ; en montant en épingle les problèmes, en pointant le rôle des parents qui, pour primordiale qu'il soit, ne correspond à aucune recette miracle, est-ce vraiment leur rendre service ?
Reconnaître leur "spécificité", sans leur proposer de modèle n'est ce pas aller à l'encontre de ce qui s'est toujours fait jusque là ? N'est ce pas faire abstraction de leur position d'adulte en devenir ? Leur voler la possibilité de se projeter dans le futur en les ramenant dans le présent ?
L'adolescent cherche le conflit. Doit-on l'éviter ? Doit-on le comprendre ou lui signifier les limites ? Les deux ? Et comment ?
Ces questions ne se posent pas seulement au niveau familial, mais également au niveau de la société. Toutes les actions de prévention et de lutte contre la drogue, le suicide, la délinquance juvénile, l'éducation doivent être imprégnées de ces questions.
Il me revient une phrase que j'avais lu il y a quelque temps : "Plus on en parle, moins on leur parle". C'est peut être ici que se situe le principe de la "crise" d'adolescence, par rapport à l'adolescence. La crise d'adolescence est rentrée dans les mœurs et l'adulte, la société se doit d'y réagir, partagée entre les dérives de la psychologie de bazar (les parents qui ne sont pas capables de faire preuve de fermeté en sont un bon exemple) et la rigidité.
Mais en considérant cette phase, somme toute normale, de la vie comme une espèce de pathologie, n'est ce pas déjà ne pas considérer l'adolescent comme une personne propre ? En le réduisant à un état de crise, on ne le considère plus comme un adulte en devenir mais comme un état psychosociologique. Le poème de Rudyar Kipling "Tu seras un homme, mon fils" nous montre peut être une bonne approche de ce que pourrait être le rôle de l'adulte, du parent, de la société. Car même si les règles posées par la famille ou la société seront transgressées, expérimentées, cela a le mérite de poser un modèle à partir duquel l'adolescent pourra se construire une identité propre, en prenant et rejetant des parties du modèle.
Bien sur cette expérimentation des règles nous ramène aux problèmes d'absence de rites et de dépendance vis à vis des parents. Ce sont là des inhibiteurs au passage à l'âge adulte car il empêche l'expérimentation. De même l'absence de modèle parental pour les immigrés est également très grave : d'un côté des parents élevés dans une société différente, ne possédant pas une bonne situation et étant souvent stigmatisé, et qui pour ces raisons ne peuvent que difficilement proposer un modèle valorisant, de l'autre la société a laquelle ils doivent s'intégrer, se plier, et dont les modèles ne correspondent pas non plus.
La "crise d'adolescence " est un problème complexe, mais plus qu'un problème lié à un âge de la vie, la crise de l'adolescence est devenue une véritable crise sociale de laquelle découlent les problèmes déjà cités de bandes, de violence, de suicide etc.…
Cette adolescence a ses explications psychologiques, ses attitudes sociales et ses passages obligés, c'est une réalité indéniable, un passage normal. Ce n'est pas forcément le cas de la "crise d'adolescence" définie aujourd'hui. Plutôt que crise d'adolescence, il serait peut être plus juste de parler d'une crise sociale d'accès au statut d'adulte.
Bibliographie et références :
Antoine Desroches Tours
Elisabeth Badinter Philosophe féministe « XY de l’identité masculine »
Xavier Darcos Rapport au Sénat Février 2003
Dr Philippe Jeammet Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Paris VI
Dr Marie-Rose Moro Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Paris XIII
Revue de presse du samedi 19 juillet 2008
Revue de presse du vendredi 20 juin 2008
Revue de presse du samedi 7 juin 2008
Un autre regard sur Alzheimer
Mariage forcé ou mariage floué ?
Revue de presse du samedi 24 mai 2008
Internet et santé, la certification : s'informer?
Salon du Mal-être
Les Nouveaux Psys
Et si la maladie n'était pas un hasard?
La maladie d'Alzheimer
Cerveau et psychanalyse
Le siècle de Freud
La résilience familiale
Eduquer ses enfants
Femmes et doudou
Happy Neuron
La Note Bleue
Le Gefab
Graap
Adaa
Le magazine Act
Vittoria Pazalle
Emétophobie
Je voudrais réagir à chaud -bien que je me réchauffe le plat depuis bientôt 3 ans- sur l'ado en crise ou j'aurais plutôt envie de dire contre un système en crise!
Mère-célibataire depuis 16 ans 1/2 d'un garçon déscolarisé depuis 1 mois, aujourd'hui toxico-dépendant, souvent en proie à de grandes crises de violence et, errant dans la nature à la recherche de ses limites.
Je m'insurge aujourd'hui contre un système dont j'ai pu tester, depuis 2 ans, l'étendue de son champ d'action(!)et de celle beaucoup + vaste de ses contradictions et de ses aberrations. Qui de mon fils ou du système est le + en crise?
J'ai vu mon ado lentement user, mois après mois, par ses multiples manipulations du réglement, des dizaines de profs et de responsables scolaires, jusqu'à son 2ème collège et conseil de discipline. Jamais rien de vraiment grave (jusqu'à ce vol récent de 2 petites enceintes d'ordinateur) transgressions ayant toujours pour but la recherche des limites de l'autorité.
Nous avons également vu défiler un 1er éducateur "à l'amiable", aperçu 2 fois et pfftt, disparu comme par enchantement, des travailleurs sociaux à la pelle, une hospitalisation de 3 semaines en psychiatrie suite à une crise de violence + forte que les autres, séjour auquel j'ai mis fin ne supportant plus l'absence de prise en charge psychologique et la vision de mon fils/zombie, la langue pendante et complètement ralenti par le traitement médicamenteux qui lui était donné! Je me rend compte aujourd'hui que j'aurais dû "tenir le coup" mais à l'époque, j'ai paniqué! Sorti de là, je l'ai emmené voir une psy pour ne pas interrompre un processus qui s'était mis en route de manière plutôt violente! Cette dernière lui a laissé son n° de tél. en lui disant de ne pas hésiter à appeler (pendant les heures de bureau) s'il éprouvait le besoin de parler! Merci Madame! Je m'attendais à autre chose! Toutes les autres tentatives de visites chez d'autres psy se sont soldées par le même constat: pas d'adhésion de l'ado, pas de thérapie possible. Idem pour le centre de prévention cannabis ainsi que pour la médiatrice familiale. Si mon fils m'accompagn(ait)e à chacune de ces visites, s'il finit toujours pas parler de lui, il n'exprim(ait)e jamais le désir d'une 2ème séance, "Ca fait 50 euros", clap de fin!
Que me disent les médias, notre Président de la République, la majorité de l'électorat? Que je suis responsable de ma progéniture, devant la loi, que j'ai l'autorité parentale. Mais quelle autorité? Déjà, en face de lui, ça fait bien longtemps que je l'ai perdue, que je ne fais plus le poids. Autorité parentale? Mais alors pourquoi lui demande-t'on toujours son aval pour chacune de mes démarches de prise en charge thérapeutique? Depuis quand les ados en crise arrivent-ils à exprimer, à dicerner réellement ce qui est bon pour eux, pour leur santé morale et mentale? Moi, je croyais que c'était aux parents de prendre les décisions pour eux, de les guider, de les protéger...? Mais moi, malgré ma bonne foi, si je n'ai peut-être pas toujours su ou fait ce qu'il fallait en matière de garde-fou, je le reconnais à ce jour. Je me suis remise en question, je voudrais "rectifier le tir" si besoin. Mais aujourd'hui, je me sens complètement privée de ce droit, seule face à cette violence et à cette chute inéluctable vers je ne sais quels problèmes encore + graves. J'ai l'impression de n'avoir que des devoirs. Qu'on mette à ma disposition des outils pour remplir mon rôle de parent dans les meilleures conditions possibles! Mon fils va de + en + mal, il part lentement à la dérive, tout le monde le sait, tout le monde le voit et comment nous aide t-on? Son éducateur me répète que pour l'instant, il ne peut rien faire,il attend que mon fils commette un délit et là, aidé du juge, ils ne "le louperont pas en pénal"!Pourquoi est-ce que je n'irai pas le balancer à la gendarmerie si je trouvais "par hasard" quelque chose de suspect dans sa chambre? Moi qui, après mes nombreuses visites là-bas (!), aie "l'air de commencer à apprécier l'uniforme"! Ou dans un autre genre "Un enfant ça se fait à 2, ça s'élève à 2!" déduisez-en ce que vous voudrez! J'ai fait, il y a quelque mois, difficilement comme vous pourrez aisément vous l'imaginez une demande auprès du juge de "mesure d'éloignement", afin que nous soyons séparés mon fils et moi pour optimiser sa prise en charge. Demande classée sans suite et sans explication. Après avoir fortement rué dans les brancards, ce qui est loin d'être dans mes habitudes, j'ai enfin obtenu un rendez-vous auprès d'un organisme spécialisé dans le placement d'enfants et d'adolescents vivant de grosses difficultés familiales. Le jour dit, réunion de personnes compétentes en la matière, je les ai entendu demander à mon fils s'il désirait venir vivre dans cette structure à demi-fermée. La réponse de sa part fût bien-entendue négative et je me suis entendue répondre: "Nous ne pouvons l'attacher à un radiateur Madame, reprenez votre fils!"
Pas + tard qu'hier, j'ai appelé une clinique spécialisée dans les troubles de l'adolescence, toujours même discours: "Il nous faut l'accord de votre fils, nous sommes une clinique privée et ne pratiquons pas d'hospitalisation sur demande des parents." Ne nous reste comme ultime solution, le centre phychothérapeutique où il a séjourné l'année dernière. Comme il n'acceptera jamais d'y retourner de son plein gré, son admission se fera certainement encore dans l'urgence et dans les cris!
Aujourd'hui, j'ai pleinement pris conscience de notre solitude à mon fils et à moi-même face à nos problèmes. C'est avec un grand désespoir mélé de rage que je continuerai à me battre pour que l'on entende la détresse de mon ado perdu dans cette société qui n'a pas su non plus lui donner de véritables repères. J'ai fait du mieux que j'ai pu, à elle maintenant d'assumer ses responsabilités, pour que cet ado en "crise" d'aujourd'hui fasse cet adulte structuré de demain, qui saura trouver sa place parmi elle, qu'elle nous en donne au moins les moyens. J'ai compris maintenant qu'un enfant, un ado a besoin qu'on le comprenne mais qu'avant tout il a BESOIN qu'on lui signifie ses limites. Mais comment les lui apprendre correctement si même la société dans laquelle nous vivons ne sait comment les lui enseigner? Pire si elle-même va à l'encontre de ce que nous, parents, sommes censés faire? Bien-sûr, je ne remettrais jamais en cause les droits de l'enfant, mais que penser des parents qui hésitent à donner une fessée à leur enfant de peur de se retrouver avec les services sociaux sur le dos, de l'instit qui n'ose plus donner de punition? Cette société nous accuse d'avoir démissionné de notre rôle de responsables éducatifs mais où se trouve-t'elle, elle, maintenant que nous avons besoin de son soutien? Que fait-elle pour nous? Où sont les structures promises pour nos ados pas + faits pour le cursus scolaire (ou d'apprentissage)normal que pour faire partie de la population carcérale? Que fait pour eux ce système, qui leur laisse croire, par télé interposée, qu'on peut devenir riche et célèbre, sans rien faire d'autre que de participer à des émissions aussi débiles que dangereuses malgré de faux airs anodins?
Mon discours vous paraitra sans doute assez confus, mais c'est celui d'une mère qui ne sait plus vers qui se tourner pour rencontrer ne serait-ce qu'un peu de soutien, de reconnaissance si ce n'est pas de l'aide pour son fils. Une mère fatiguée de s'entendre accusée de tous les maux mais à qui on ne propose aucune solution. Une mère pour qui vivre dans le monde des adultes n'a jamais été aussi difficile et décevant qu'aujourd'hui, qui est à bout d'arguments envers son fils pour lui donner l'envie... de venir y vivre à son tour!
Merci à vous qui avez bien voulu m'accorder un peu de votre temps. Je lirai vos témoignages avec grand plaisir et lève mon verre à nos ados, futurs adultes que l'on espère un jour voir s'épanouir et à nous, anciens(éternels) ados qui cherchons encore parfois, un ptit coin de sable fin pour y souffler un peu. Et pour finir je citerais André Malraux qui a dit:"Le jour où nous cesserons d'être des ados, il ne nous restera plus qu'à mourir."