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La sauvegarde de la sécurité publique est une responsabilité politique dont les gouvernants s’acquittent en légiférant. Mais nul n’ignore la force des pressions qu’exerce l’opinion publique sur le législateur : cette allégeance à l’évolution des mentalités est devenue incontournable depuis que les medias donnent la parole à la « rue citoyenne ». Le propos n’est pas ici de soulever une polémique sur le bien fondé ou non de cette démocratisation de l’information, mais de mettre en exergue ses conséquences sur le climat… d’insécurité qui met en rogne les institutions.
Trop d’émotions taquinent les Ministres. En urgence, l’Etat n’a donc pas d’autre recours que l’annonce d’un mécanisme d’escalade des punitions. Or, les constats réitérés de déconvenue des protocoles de suivi socio-psychologique des auteurs de violence à caractère sexuel ne seront pas démentis par les injonctions de la loi du 10 août 2007. Lorsqu’elle est réalisée sans hypocrisie, leur évaluation est sujette à caution. L’espoir d’élaborer une alternative éthiquement correcte à l’incarcération est-il condamné à perpétuité ?
Depuis l’adoption de la loi Guigou du 17 juin1998 la France s’engage sur la voie étroite de la médicalisation des infractions sexuelles. Réunis en commission au Ministère de la Santé fin 1997 nous avons été plusieurs à prédire que le chemin qui reliait les intentions humanistes à leur application tangible serait semé d’embûches. Renforcées, généralisées, les «obligations de soins» soulèvent toujours trois types de difficultés que tous les acteurs de la chaîne médico-judiciaire n’ont de cesse de signaler.
La fonction érotique est démesurée chez tout auteur de sexualité illicite. Hors normes ne signifie pas hors-jeu social et relationnel : le portrait-robot du pervers est un leurre. La représentation minimaliste de la sexualité humaine s’est considérablement aggravée depuis 1998 avec l’intrusion de l’industrie pharmaceutique dans le champ de l’intimité : nous devons à la simplification mercantile de ses messages publicitaires la vulgarisation d’un concept de « santé sexuelle » qui nie la question du plaisir et de ses valeurs. Dans un but opposé, sans étayage sexologique, sans renfort thérapeutique pluridisciplinaire, les injonctions de castration médicamenteuse ne peuvent avoir la portée qu’on leur assigne, mais risquent de n’être qu’une réplique répressive d’un même mode de pensée vétérinaire de la sexualité humaine.
Revue de presse du mercredi 19 novembre 2008
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