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Interview menée par une professionnelle du sexe

Valérie Cordonnier - 30/04/2006

1) Dans nos sociétés, on parle souvent de pauvreté ou de misère économique, sans réaliser qu'à cette pauvreté s'ajoute souvent une grande misère sexuelle.
L'exclu est exclu de tout, y compris sexuellement. J'ai l'impression que ce sujet n'intéresse pas grand monde. En fait, personne ne veut voir cette réalité.
Qu’en pensez-vous ?

Je pense que le sexe est partout. Dans les médias, dans les arts, dans la publicité, nous vivons dans une société de consommation du sexe où il est érigé en icône. C’est notre nouveau « veau d’or ». Nous sommes dans une telle dictature, qu’elle concerne tout le monde. Nous devons tous faire l’amour, multiplier les partenaires, revendiquer nos orgasmes, consommer du libertinage, du sm, que sais je encore. Associé à ce sexe-là, l’argent se revendique tout autant : il faut l’exhiber, au travers d’accessoires et de vêtements de marques, de consommables technologiques, de « must have ». Il est inconcevable de changer de travail si ce n’est pour gagner plus, ou avoir une élévation sociale qui va provoquer encore plus de besoins factices. Au même titre, il est inconcevable de ne pas multiplier les expériences sexuelles pur en faire un cv que l’on détaillera à la manière d’un « reality show ».

Dans une telle société de boulimies en tout genre, parler d’exclusion est presque intolérable. On se « charge » des exclus. Mais dans un relatif silence. Il faut attendre les jours les plus rigoureux de l’hiver pour que les sujets concernant l’exclusion apparaissent, pour disparaître aussi vite. Notre société crée des institutions pour cela, elle subventionne, etc. dans un désir de déculpabilisation à bon compte. Mais l’exclusion, de n’importe qu’elle nature, reste taboue. On la cache, on la ghettoïse.  Elle dérange, elle fait peur, elle est inconfortable. Elle signe le constat d’échec de cette société qui se veut moderne, brillante, évoluée, etc. Au même titre qu’on évitera de parler de la misère au quotidien de ces laissés pour compte, on évitera encore plus d’évoquer leur sexualité car on tombera alors dans ce que notre société occidentale qualifie d’obscène.

Les exclus que vous évoquez sont pour moi des groupes de personnes qui en rejoignent d’autres, que l’on a déclaré dépendants, et à qui donc on refuse le sexe : je pense aux adolescents, aux personnes handicapés et aux personnes âgées notamment. Le sexe est synonyme de liberté, d’indépendance et de pouvoir. Il appartient alors à ceux qui se sont approprié le pouvoir : les adultes actifs, ou autrement dit, productifs économiquement. A eux consommation sexuelle en tous genres. A eux également le pouvoir de contrôler la sexualité des « dépendants ». On va « informer » les jeunes dans les collèges et les lycées, s’immiscer dans leur intimité, etc. On va imposer des traitements aux handicapés. On va s’horrifier des désirs sexuels des personnes âgées...tout simplement parce qu’ils renvoient à notre propre vieillesse et donc à notre propre mort.

Parallèlement, il y a aussi un groupe qu’il ne faut pas négliger, car même silencieux, il est important ; ce sont ceux qui s’excluent eux-mêmes du sexe, qui se refusent à consommer du sexe par choix. Ils commencent à défrayer la chronique et l’on en parle comme d’un nouveau courant américain, ce sont les « asexuals ». Pour tous les autres, c’est alors ne pas faire l’amour qui devient scandaleux. La sexualité aujourd’hui est jugée, jaugée, comme une performance.

2) Les trois religions monothéistes condamnent toujours l'homosexualité, la sodomie et la masturbation au prétexte que «  la semence de l'homme qui doit servir à reproduire l'espèce se gaspille dans des actes inféconds ».
Vous arrive-t-il de recevoir des gens qui culpabilisent vraiment avec ces histoires de religions?

Dans ce que vous citez, il faut ajouter que ces religions condamnent également l’inceste, l’adultère et la contraception, ainsi le tableau est complet !
Ces « histoires de religions » nous ont directement ou indirectement influencés, puisque nous vivons dans une société judéo chrétienne profondément marquée, et dans plusieurs décennies, avec le brassage, nous pourrons évoquer également l’ascendant du Coran et de la Torah. Il faut savoir qu’un tiers des jeunes français de moins de 25 ans sont d’origine musulmane. Ces religions mettent en avant une image de l’Amour idéalisée, qui lie le corps à l’âme. Pour elles, faire l’amour est signifiant, il implique plus que le plaisir charnel, il implique l’esprit, la conscience. Dissocier ces éléments revient, pour les défendeurs de ces religions, à être schizophrènes.

La culpabilité est souvent présente dès lors que l’on touche à la sexualité, puisqu’on aborde un territoire tabou. Que la religion s’en mêle ou non. J’ai à cœur de cerner, dans ma pratique quotidienne, la place du curseur dans l’échelle de l’estime de soi qu’ont chacune des personnes qui viennent me voir. Il est essentiel pour cela de tenir compte de la culture, de l’histoire familiale, de l’éducation religieuse ou non, des vécus, etc. Tout cela fait partie du socle fondateur, inamovible, que rien ni personne ne fera jamais changer.

Parce que je peux tout entendre, en toute confidentialité, je ne fais aucune apologie, ni celle de pratiques sexuelles qui peuvent paraître extrêmes à certains, ni celles que les religions imposent. Mon propos est de faire prendre conscience à mes interlocuteurs du sens profond de leurs conduites, ainsi que de la signification de leurs aspirations pour les amener à une forme d’épanouissement. La question du sexe est à aborder de façon systématique, car de façon évidemment très large, en dehors de toute activité sexuelle, tout est « sexe ». On naît garçon ou fille, la sécurité sociale nous attribue un « 0 » ou un « 1 », etc.

Plutôt qu’avec un ressenti coupable, je reçois des personnes qui sont mal avec leur sexualité. Parce qu’ils se sentent en désaccord avec leur culture. Ou leur corps. Ou leur désir.

3) Depuis quelques années, on ne compte plus les expositions ou les colloques concernant le corps. Le corps est devenu le dernier prétexte à toutes les excitations mondaines et artistiques.
Je me suis rendu compte qu'il s'agit très souvent de formatage assez inquiétant mettant en scène une vision purement fantasmée du corps, un peu comme s'il s'agissait de détourner l'attention du réel. Par exemple, il ne viendrait jamais à l'idée des organisateurs de colloque d'inviter des infirmiers ou des travailleuses du sexe à s'exprimer sur le corps. Quel est votre point de vue là-dessus ?

Nous sommes effectivement dans un culte du corps, mais d’un corps particulier. L’homme a besoin de trouver un sens à ce qu’il est, à ce qu’il fait. Pour cela il lui faut des symboles. Quand vous dites qu’il faut détourner le corps du réel, c’est pour moi une nécessité absolue. Dans le meilleur des cas, un corps nu finit par provoquer l’ennui, et dans le pire des cas, le dégoût. Or, l’obsession de la nature humaine est d’être autre chose que l’on est, jusque dans la nudité. C’est pour cela qu’intervient le fétichisme du corps, au travers du maquillage, des piercings, des tatouages, etc, qui n’ont rien de contemporains mais ont été empruntés à nos ancêtres qui morcelaient de cette façon leur corps il y a 30 000 ans. C’est une façon de donner sens au corps.

Et puisque nous évoquions la religion il y a un instant, il est intéressant également de relever l’écriture spirituelle donnée au corps par les clercs. Que ce soit les chamanes ou les prêtres, tous les ecclésiastiques arborent la robe et se cantonnent dans une ambiguïté de genre qui perdure encore aujourd’hui.

A mon sens, faire intervenir des infirmières, ou des travailleuses du sexe, c’est passer dans le réel, c'est-à-dire dans la nudité de la génitalité, c'est-à-dire dans l’obscène, dans l’effroi. La définition de l’obscène étant ce qui fait offense, non pas à la pudeur, mais à l’érotisme. Au delà de la fantasmagorie liée à l’infirmière sexy, l’image du corps médicalisé renvoie à la maladie, au temps, à la mort. Face à face auquel personne ne veut être confronté. En ce qui concerne les « travailleuses du sexe », vous savez comme moi à quel point nous vivons dans un système hypocrite. La prostitution est libre mais il n’existe aucun lieu où elle peut s’exercer. On la maintient donc dans un état clandestin. Celles qui témoignent, sont celles qui se sont trouvées une légitimité ailleurs.

Je pense qu’il y une sorte d’exhibitionnisme d’une certaine nudité, mais d’une nudité mise en scène, sophistiquée à l’extrême, destinée à choquer, provoquer, la publicité se régale d’ailleurs dans cet état d’esprit, et nous la subissons. Mais cet exhibitionnisme a des codes compliqués, des identifications, des normes, que l’infirmière ou la prostituée dépassent.

4) Les rapports sadomasochistes ont toujours existé et existeront toujours. Réduire le sadomasochisme, comme certains veulent nous le faire croire, à un phénomène de mode, est une aberration.
En revanche, je conteste que le discours a changé et s'est émancipé des clichés. Le côté réaliste façon marché aux esclaves, remake d'histoire d'O, ou concours de fessées n'excite plus grand monde. Comment la sexologue que vous êtes arrive-t-elle à expliquer cela ?

Quand j’ai abordé le « monde sm » il y a une dizaine d’années, je l’ai fait avec beaucoup de clichés. Le velours rouge y côtoyait la pierre des donjons et le noir du fer forgé, cela pour la partie folklorique, mais je pensais y trouver une infinie cérébralité, terreau propice à une fonction érotique décuplée. Mais en fait, chacun y va de sa propre notion du sado masochisme.
Au delà d’un phénomène de mode, je pense que la mise en avant du sado-masochisme par les médias est pour certains un prétexte de vivre des pulsions sexuelles sans culpabilité, au nom d’un nouveau comportement érotique.

Cela dit, il y a pour moi deux mondes assez distincts qui cohabitent dans le SM, en dehors effectivement de cette mise en avant médiatique qui fait arborer des tenues fétichistes mais qui n’a rien à voir ce que j’appelle la « philosophie » du SM.
 
Il y a le monde des « nouveaux pratiquants » qui se regroupent en communautés, sous la bannière de sites Internet par exemple dédiés à cette forme de sexualité. Ils sont en France au nombre de 4 à être significatifs et pérennes, et drainent chacun en live, quelque soit le moment des connexions, une centaine d’aficionados en permanence. Je suis surtout frappée du nombre de jeunes femmes qui s’y intéressent, qui ont déjà connu à peine à 20/22 ans, l’échangisme, le saphisme, le triolisme, etc…etc. Ce monde se retrouve aussi dans les très rares clubs dédiés à ces pratiques (il n’y en existe plus qu’un seul à Paris !) J’ai le sentiment que ceux là ne s’émancipent pas d’histoire d’O justement. Roissy et Sade restent les éternelles références. On est dans des simulacres, où règnent le machisme, l’ode à l’Inquisition et le chacun pour soi. Le SM est devenu prétexte à vivre une poly sexualité pour les hommes qui se disent dominants, à déculpabiliser pour les femmes qui veulent véritablement s’affranchir d’une éducation par trop judéo-chrétienne, et à donner libre court à leur fantasme de féminisation pour les hommes se disant soumis. Tout ce petit monde vient au SM comme au self service, et dresse la litanie de ses exigences et s’offrant sexuellement en échange. On est dans un monde de faux semblants, de miroirs déformants, où il est plus simple de se perdre que de se trouver. Je pense que le SM est alors comparable au théâtre des pulsions, correspondant à un mouvement qui privilégie l'apparence, l’image, le fétiche au fond. On est dans un sm qui se voit, qui se revendique, car il est de passage, donc sans conséquence.

A côté de cela, il y a les purs, ceux pour qui SM rime avec mode de vie, avec intériorisation, avec un potentiel érotique bien au dessus de la moyenne du genre humain. Il ne s’agit alors plus alors forcément du sm « qui se voit », mais de celui « qui fait mal », celui a trait aux émotions les plus profondes, et qui se pratique entre vrais initiés. Tout prend alors une signification profonde, loin de la mode, loin de la littérature de ce genre, loin du voyeurisme d’Internet. Les mise en scènes sont évidemment théâtralisées, les lieux, les objets, les mythes, sont détournés, transformés mais pour être véritablement transgressés. Mais ceux là, je ne les rencontre pas en tant que patients…


5) Sauf accident ou implosion, je vais devoir vieillir. Dominatrice ou pas, on vieillit comme tout le monde, avec un corps modifié, fragile quant à la libido...
En fait, dans une trentaine d'années, j'ouvrirais bien une maison de retraite pour vieux masos. Mes partenaires de jeux trouvent l'idée géniale et beaucoup sont partants pour ce genre d'aventure. Cette idée est complètement dingue et je m'amuse avec depuis des années.
Ma question toute pratique est la suivante : peut-on avoir une vie sexuelle quand on est une personne âgée ?

La baisse de libido intervient à tout âge, que l’on soit homme ou femme. Le désir sexuel est un désir à entretenir en permanence. Il est comparable à l’art culinaire. On développe ses papilles jour après jour, on cherche de nouvelles recettes, de  nouvelles saveurs. Vous le savez, vous qui êtes en perpétuelle création. Nouveaux concepts, nouvelles lumières, nouveaux décors. On est à la fois autre tout en étant pareil. 
Comme je vous le disais au début de cette interview, la sexualité de la personne âgée est taboue. Et pourtant, elle existe bel et bien ! Elle peut se transformer, s’accorder aux possibilités physiques des deux partenaires, mais le plaisir est là, toujours présent, notamment chez la femme qui a la chance d’avoir des orgasmes inchangés, même si elle a eu des périodes d’inactivité sexuelle. L’homme en revanche est un peu moins chanceux, il ne peut guère s’accorder de longue période de « repos » au delà de 60/65 ans, sous peine d’une franchise trop lourde à payer, qui le mènerait vers certaines difficultés.
La sexualité des personnes âgées représente pour moi un certain émerveillement. C’est un retour vers la tendresse, vers l’autre, vers la générosité, vers le plaisir pur; on est débarrassé de   la génitalité qui n’est plus le sujet, pour se tourner vers le toucher, la caresse.

 

 


 

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Sujet : Re: l'envie mais pas le moyen
par: Lior Brécher (Conseiller(e) conjugal(e))

Bonjour Daliah

Faire un travail thérapeutique est souvent nécessaire pour redire ce qu'il s'est passé et sortir du blocage que cela a créé. Vous dites que vous n'avez pas les moyens, et c'est vrai qu'une thérapie longue peut être coûteuse. Mais:

1) Je suis certaine que vos parents seraient d'accord, sans problème, pour payer une thérapie, car cela fait partie de leur rôle d'éducateur et de veiller à votre bien être, et d'un certain coté, il n'est pas juste de leur enlever ce rôle (peu de jeunes adultes pensent à cela).


2) Les consultants d'ecoute-psy.com sont habilités à étudier les demandes des jeunes qui désirent vraiment aller mieux, et proposent des prix tout à fait intéressants pour eux. Ainsi, 45 mn sont facturés 17 euros, et vous conviendrez avec moi que une soirée de baby sitting vous permet de ce fait de payer votre consultation... tout est en fait une question de priorité, vous ne croyez pas? :)

Bien à vous
Malka, consultante sur http://www.ecoute-psy.com


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