.
 Articles  Cas  Questions  En Pratique  Livres  Agenda  Forums  Dico  WEB
.
.

Handicap mental et exclusion sexuelle

Jacques Waynberg - 09/02/2008
Handicap mental et exclusion sexuelle


En 1980, "Année mondiale de la personne handicapée " selon les voux de l’ONU, j’écrivais, en introduction de notre premier Congrès international " Handicap et Sexualité ", que les courants de pensée tolérante qui traversaient l’opinion occidentale à l’époque, ne devaient pas nous tromper : la question sexuelle n’avait droit de cité que parce qu’elle était juxtaposée à celle des faveurs socio-économiques du moment. Le corps social peut fraterniser avec ses marges les plus lointaines, et les associer à ses enjeux, lorsque l’opulence éloigne les dangers de la récession du confort et de l’égoïsme. Sous un régime totalitaire ou en faillite, au contraire, la société impose l’exclusion et l’eugénisme comme système de sauvegarde économique, permettant d’identifier et de localiser des catégories inhabituelles d’individus afin de gérer le coût structurel et financier de leur entretien. Pour l’Occident contemporain, dominé par le libéralisme capitaliste, la réinsertion s’inscrit dans un calcul de rentabilité structurelle permettant d’insérer de nouveaux acteurs dans les circuits de production médico-sociale, et d’accroître la consommation du secteur tertiaire des valides.


Presque trente ans plus tard, l’arrière-plan idéologique de la lutte contre l’exclusion s’est-il enfin humanisé, en dépit de ses compromissions économiques ? Il faut, hélas, avouer que non. Notre société souffre de nouveaux maux, désormais " prioritaires " parce qu’ils mettent en péril ses fondations (déclin économique, montée des nationalismes, intégrisme religieux, chômage...), auprès desquels les revendications égalitaires des personnes lourdement invalides n’ont pas prise. Avant même de poser le problème de leur droit au bonheur et de la légitimité de leur attente d’une vie privée digne de ce nom, les personnes handicapées et leur entourage doivent mesurer que cette question est une interpellation politique.


Une formulation plus douce de ces réalités consiste à rappeler que les conduites individuelles en matière de sexualité et de procréation ne dépendent pas des seules aspirations individuelles, mais de nombreuses réglementations dont la plus dissuasive est en l’occurrence le Code civil, notamment en ce qui concerne la maladie mentale incurable. La notion juridique " d’incapacité " ne vient-elle pas invalider l’invalide quant à d’éventuels choix d’existence, pour lui substituer une tutelle comme garant d’une exclusion programmée ? Tout changement, tout progrès, qu’il s’agisse du régime matrimonial ou de l’accès à la contraception, de la mixité dans les établissements ou des aides au logement, relève donc d’une " volonté civique " que les pouvoirs publics ne placent pas dans la même perspective que les intéressés eux-mêmes. La collectivité dispose d’un second outil de contrôle de ses marginaux, qu’il s’agisse de les reconquérir ou de les exclure, c’est l’alibi éthique avec lequel elle travestit sa générosité.

 

C’est sur ce sens moral commun que s’appuient, par exemple, les résistances à favoriser la naissance d’enfants issus de parents invalides mentaux, ou le déni du besoin d’aimer de jeunes gens secondairement handicapés des suites d’un accident ou d’une maladie...

 

A l’échelon parental, il ne fait pas de doute que les considérations de " morale révélée " s’ajoutant aux échelles de valeur communautaires, compliquent le dialogue et la prise de décision. Naturellement, deux tendances s’affrontent. D’une part, celle qui prône le respect des libertés individuelles, au nom de l’éthique précisément. Pour d’autres, prévaut une attitude de défense passive, de prohibition assujettie à la dialectique du bien et du mal : le sexe ici est synonyme de deuil. Comment porter le deuil d’une sexualité qui forge la honte de soi dans le regard des autres ? Il n’y aura donc jamais de " révolution sexuelle " en faveur des personnes intellectuellement invalides. Les mentalités évoluent-elles ? Certes, le corps médical s’efforce de tenir le pari de l’humanisation des soins et de l’accompagnement psychologique des plus défavorisés ; certes, les familles sont mieux préparées et les institutions moins aveugles, mais ces progrès fonctionnent comme l’érudition : plus on sait de choses, plus on prend conscience qu’on ne sait rien... La tolérance suffit-elle au bonheur de ceux et celles qui ne comprennent pas quels enjeux ils menacent en s’aimant ? L’acceptation des quatre volontés de tout un chacun est-elle un sauf-conduit vers la réinsertion ? Impossible de faire l’impasse en définitive sur la question éthique, pas plus que l’on ne peut dépolitiser le débat...


Tout ceci laisse penser que le libre choix en matière de vie " privée " est une utopie, qui plus est, une utopie entretenue par des prohibitions qui rendent les plaisirs inaccessibles... pour les rendre plus attractifs. En ce qui concerne les personnes qui n’ont pas les moyens intellectuels de contester cette emprise de l’hypocrisie ambiante sur leur destin, les polémiques sont encore plus taboues. Le terme de " tabou " ici ne traduit pas un reflux de pudeur honteuse, mais retrouve son sens originel de " bouclier ", contre des pollutions métaphysiques qui mettent en danger la conscience collective. L’orgasme de l’invalide mental est tabou parce qu’il menace notre inconscient, et pas uniquement parce qu’il est obscène... Or, aborder la fonction érotique de l’invalide mental oblige à soulever la question de l’intelligence dans l’élaboration des comportements et des affects. Le mot même de " sexualité " doit être désormais manié avec précaution puisque, pour nous, il n’appelle que des représentations de bonne santé génitale. Opposons-lui le terme d’" ’érotisme " pour qualifier ce devoir d’évasion de notre passé originel. L’érotisme est un humanisme. Certes, mais quelle promesse d’émancipation est offerte à une personne amputée d’une partie de son intelligence ? Quel projet de dépassement de soi est-elle autorisée ? N’y a-t-il pas là un troisième motif d’incertitudes hypothéquant leur libre choix de vie privée, un troisième facteur de risque d’exclusion ?


Reste l’amour. La pomme pour la soif de... bonne conscience. Un acompte de liberté par qui le scandale arrive, je veux dire, une provision versée au comptes et profits de professionnels sincèrement engagés, mais qui calculent encore leur courage à l’économie. Le niveau de tolérance a évolué, notamment dans les institutions mixtes, et des pensionnaires qui s’aiment ne sont plus censurés avec la même méchanceté qu’autrefois, mais leur donne-t-on les moyens de " le faire ", cet amour qu’ils éprouvent ?

 

L’indépendance affective ne donne pas accès à une connaissance érogène des corps. L’amour ne possède aucune des clés du plaisir, l’amour ne sait rien faire d’autre que d’amoindrir le dégoût que l’on éprouve naturellement les uns pour les autres... Non, s’atteler ici au droit d’ingérence dans l’intimité d’autrui n’est pas une tâche achevée lorsque perdure l’interdit d’en jouir ! C’est lorsque l’on permettra à chacun d’aller au bout de son besoin d’aimer, que la volonté de comprendre le handicap mental rejoindra le devoir de sauvegarder sa part d’humanité.

 


Mots clés : handicap, handicap mental, exclusion, personne handicapée, handicap et suxualité,
Commentaires sur l'article
Et vous? Qu'en pensez vous?
Vous devez être un utilisateur enregistré pour publier un commentaire.

C'est ici pour saisir vos identifiants.
Inscrivez vous gratuitement et immédiatement en cliquant ici.
.
Harcélement Ados Contraception Sodomie MST Amour Puberté Enfant Sexualité Souffrance Femme rire Séparation Sexologie Dépendance Couple Santé Thérapie

Priapisme : De Priape , dieu gréco-romain de la fécondité et de la v...

Voir tous les mots du dico...

 Obama, le changement tranquille leJDD.fr - 20 Nov 2008 11:26:57
 Grève aux urgences : «Il n'y aura aucun mort» Le Parisien - 19 Nov 2008 17:29:26
 Google traque la grippe nouvelobs.com - 20 Nov 2008 10:17:11
 Saisie massive de faux Viagra et Cialis Doctissimo - 19 Nov 2008 18:05:38
 Inciter au don de spermatozoïdes Le Monde - 18 Nov 2008 15:42:51
 VIH/ Sida : peut-être un espoir Continental News - 18 Nov 2008 22:09:56
 TOC : un traitement chirurgical prometteur Futura Sciences - 17 Nov 2008 14:43:40
 Commissions médicales Gazette des communes - 18 Nov 2008 17:04:33
 Alzheimer : le ginkgo non, le thc peut-être nouvelobs.com - 19 Nov 2008 19:16:45
 Guy Bedos : Le jour et l’heure AgoraVox - 20 Nov 2008 12:25:14
 Un rapprochement Vitré-Fougères sur la santé ? maville.com - 20 Nov 2008 04:42:52
 "Dégradation de la psychiatrie" (CGT) Le Figaro - 18 Nov 2008 17:22:43
Sujet : Re: l'envie mais pas le moyen
par: Lior Brécher (Conseiller(e) conjugal(e))

Bonjour Daliah

Faire un travail thérapeutique est souvent nécessaire pour redire ce qu'il s'est passé et sortir du blocage que cela a créé. Vous dites que vous n'avez pas les moyens, et c'est vrai qu'une thérapie longue peut être coûteuse. Mais:

1) Je suis certaine que vos parents seraient d'accord, sans problème, pour payer une thérapie, car cela fait partie de leur rôle d'éducateur et de veiller à votre bien être, et d'un certain coté, il n'est pas juste de leur enlever ce rôle (peu de jeunes adultes pensent à cela).


2) Les consultants d'ecoute-psy.com sont habilités à étudier les demandes des jeunes qui désirent vraiment aller mieux, et proposent des prix tout à fait intéressants pour eux. Ainsi, 45 mn sont facturés 17 euros, et vous conviendrez avec moi que une soirée de baby sitting vous permet de ce fait de payer votre consultation... tout est en fait une question de priorité, vous ne croyez pas? :)

Bien à vous
Malka, consultante sur http://www.ecoute-psy.com


Accédez à tous les forums

.
Copyright 2008 Les Editions Cario
.