|
|||||||||
En Occident, du point de vue clinique, le désir érogène a parrainé l'avènement de la psychanalyse, dont l'exploration va s'étaler tout au long du XX° siècle. Mais, fait essentiel, la profusion des écrits n'a produit qu'une intelligibilité inachevée d'un concept aussi complexe, faute de consensus lexical : saturée de valeurs socioculturelles l'expression n'a de pertinence qu'à l'intérieur des frontières de la langue maternelle qui la prononce.
Désir est incomparable à l'allemand Wunsch ou Lust, qui diffèrent de l'anglais Wish ou Desire ; et que penser de l'arabe dialectal Bigha ou 'Ichq, du japonais Seiyoku ou Nikuyoku, du chinois Xingu... L'écart entre les structures de parenté rend utopique la mondialisation d'un concept trop chargé d'idéologie pour être universel.
En français, c'est-à-dire en miniature, Jacques Lacan amorce dès 1958 une controverse qui aboutit à l'aphorisme fameux « il n'y a pas de rapport sexuel », qui indique que la relation libidinale s'établit en amont de la jouissance sur un malentendu entre les genres, typique du romantisme baroque européen et de ses fondations bibliques. L'érotisme est inévitablement une liturgie de l'orgasme. Serions-nous en mesure d'évaluer les empreintes du christianisme qui ont construit en 2000 ans le modèle dogmatique du désir amoureux et de son vécu charnel ?
La volonté de comprendre la sexualité dans l'acception la plus globale du terme n'a interpellé les psychiatres que dès 1905, et les sexothérapeutes qu'à partir des années 1960. Jusque là en effet les représentations du corps à corps sexuel sont clivées en deux manières de les penser, l'une est convaincue de la suprématie du psychisme sur la chair, l'autre s'appuie sur des hypothèses exactement inverses... C'est la prévalence du concept de couple introduit par Masters et Johnson en 1966 qui va réconcilier (provisoirement) les professionnels du verbe et les hommes en blanc. Le pari thérapeutique consiste à accompagner un couple vers la mutualisation du narcissisme de chacun : la sexologie humaniste est née. La réciprocité sensorielle et affective - le célèbre sensate focus - se substitue aux énigmatiques « conflits oedipiens » et aux pénuries hormonales. La priorité donnée à la communication érogène sur la physiologie consacre l'originalité d'un style, au confluent de l'école de Palo Alto et de la dissidence de psychiatres tels que Helen Kaplan ou Alexander Lowen, de féministes telles que Kate Millet aux Etats-Unis, ou Luce Irigaray en France. L'arrière-cour des présupposés qui les réunit autour d'une même démarche de « développement personnel » est néanmoins trop politiquement correcte pour durer. Quant à l'érotisation du désir de jouir, n'échappe-t-elle pas finalement au dressage cognitivo-comportemental ? Le plaisir ne serait-il qu'un chef-d'œuvre orphelin ?
Les neurosciences et les recherches pharmacologiques ne corrigent pas seulement aujourd'hui ces dispositifs théoriques, elles en revendiquent la paternité : la biologie des passions (Jean-Didier Vincent, 1986) impose désormais ses lois et ses protocoles. Le désir n'est plus synonyme d'esthétique de « l'instinct de procréation», mais s'inscrit au répertoire des volitions à démythifier.
Engagé avec un aplomb incrédule, ce retour à la médecine expérimentale de Claude Bernard (1865) n'épargne a priori aucune cible, des émotions de peur (Joseph Ledoux, 2005) à l'étude des pulsions de téléachat... Mais de quoi parlons-nous ? Les motivations érogènes sont-elles réductibles à l'imagerie médicale et aux dosages des opioïdes ? Les cliniciens sont-ils à ce point en manque de « GPS » de la volupté et de l'amour ? Dans une approche visionnaire de la biologie des comportements, Henri Laborit postule dès 1973 que « le système nerveux n'est qu'un lieu de passage, rien de plus. Rien ne naît en lui, ex nihilo».
La prééminence du lien social sur la logique des organes est plus que jamais à réévaluer. Et si le désir, le choix des partenaires, les rituels d'accès à la jouissance, ne témoignaient que de la nécessité de dépasser la répugnance et le désordre qu'inspire la promiscuité populaire ? La sexualité humaine est, en contraste avec l'animal, une sexualité « désirante » parce qu'elle est tributaire du dégoût réciproque que les individus s'inspirent a priori pour survivre en communauté. L'érotisme n'est-il pas une invention insoumise en prenant en otage l'imaginaire et le langage, parce qu'il incarne un tabou : une censure de la répulsion et de l'angoisse de la mort ?
Revue de presse du samedi 19 juillet 2008
Revue de presse du vendredi 20 juin 2008
Revue de presse du samedi 7 juin 2008
Un autre regard sur Alzheimer
Mariage forcé ou mariage floué ?
Revue de presse du samedi 24 mai 2008
Internet et santé, la certification : s'informer?
Salon du Mal-être
Les Nouveaux Psys
Et si la maladie n'était pas un hasard?
La maladie d'Alzheimer
Cerveau et psychanalyse
Le siècle de Freud
La résilience familiale
Eduquer ses enfants
Femmes et doudou
Happy Neuron
La Note Bleue
Le Gefab
Graap
Adaa
Le magazine Act
Vittoria Pazalle
Emétophobie
C'est ici pour saisir vos identifiants.
Inscrivez vous gratuitement et immédiatement en cliquant ici.