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Pourquoi certains hommes choisissent l’amour artificiel ?
A l’heure d’Internet, de la virtualité, il est intéressant de se pencher sur toutes les possibilités offertes aux hommes seuls, et moins seuls, qui leur permettent de vivre une forme particulière de sexualité.
J’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer Elisabeth Alexandre, journaliste, scénariste et grand reporter qui fut fascinée par le phénomène des "RealDolls". Elle part alors aux Etats-Unis afin de mener une enquête sur le sujet. Elle réalise un documentaire sur ces poupées grandeur nature puis rédige un ouvrage, sous le titre « Des poupées et des hommes ».
J’avoue qu’elle m’a communiquée sa fascination ; ces poupées sont extraordinaires de réalisme, jusqu’à en être dérangeante. Pour moi, femme, la question de la femme-objet n’a donc bien évidemment jamais été aussi présente. Pourquoi certains hommes rêvent-ils encore et toujours de créatures inanimées, éternellement jeunes et belles, manipulables et passives ? Quel genre de vie mènent-ils avec leurs splendides poupées de silicone, quels sentiments éprouvent-ils pour elles ? A quoi correspond ce besoin de posséder une femme non-vivante ?
Au cours de son enquête, Elisabeth découvre que son panel de témoins,-ces propriétaires de poupées-, est représenté par des hommes solitaires, cyniques, tendres, rêvant de femmes endormies ou paralytiques, de robots, de jolis corps dissimulant sous leur peau artificielle une anatomie de capteurs, de fils électriques et de composants électroniques.
En dix chapitres, sublimés de photographies, on ne peut-être que troublé faces à ces histoires incroyables qui nous permettent de pénétrer un monde fantasmatique passionnant.
Elisabeth Alexandre nous décrit les passions, les peurs et les attentes de plusieurs de ces propriétaires de Dolls. Elle reconnaît l’extrême ressemblance des poupées avec un être humain, le malaise qu’elles procurent à la première rencontre, l’absolue perfection de la réalisation (poitrine souple et lourde, bien plus naturelle que les prothèses insérées sur les bustes des femmes humaines, bouche souriante, détails de la chair stupéfiants...).
Tout débute en 1992, en Californie. Matt McMullen, -qui travaille dans un atelier de confection de masques pour Halloween-, s’amuse, à ses heures perdues en maniant le latex. Passionné par les femmes, il tente alors d’en fabriquer une sur le modèle des tops de Playboy. Le mannequin terminé, il n’est pas satisfait, il teste alors le silicone. Comme le matériau est hors de prix, il met trois ans à récolter les deux litres nécessaires à la fabrication de la première « RealDoll » grâce à des échantillons gratuits.
Ravi, après un travail de longue haleine, il décide de l’exhiber sur Internet. Contre toute attente, il reçoit de nombreux retours d’hommes qui voudraient également se procurer une plastique de rêve mais à condition qu’elle soit pénétrable… Face à cet engouement, il affiche un prix faramineux : 6000 dollars ! Ce qui ne ralentit pas les commandes… Le dernier jouet sexuel du troisième millénaire est né !
Il lui devient alors nécessaire de créer sa société « Abyss » pour se lancer dans la fabrication artisanale de ces femmes synthétiques. La meilleure publicité sera celle d’Howard Stern, le plus déjanté des animateurs radio, qui se met à promouvoir à l’antenne qu’un "rapport sexuel" avec une RealDoll fut sa plus grande extase ! Ainsi saute le verrou puritain d’une Amérique qui étouffe sous l’hypocrisie… Cette publicité dithyrambique attire les médias, c’est l’effet « boule de neige ».
Un nouveau phénomène débarque, (les commandes sont presque journalière), les acheteurs choisissent sur le Web les formes de leur future compagne. Ils dessinent en quelques clics, le visage, la coiffure, la couleur des cheveux, les yeux, les ongles, les lèvres, la couleur de la peau, la forme de la toison pubienne...
Une seconde version à 10 000 dollars voit même le jour mais à ce prix, des options supplémentaires perfectionnent la Doll. Elles se déclinent à travers des articulations plus souples, une colonne vertébrale permettant des postures variées, des capteurs pour que son regard vous suive des yeux, un système audio intégré pour qu’au contact de ses seins ou de son sexe, des gémissements de plaisir ou des déclarations d’amour puissent émaner de la poupée...
Elisabeth Alexandre se rend compte que les demandes proviennent surtout des USA, du Japon, de Chine, de Corée du Sud, d’Indonésie et d’Europe du Nord (Scandinavie, Angleterre, Allemagne et Hollande). Ce panel géographique des acheteurs de RealDolls correspond à l’empreinte du puritanisme des pays protestants, shintoïstes et musulmans. Elle évoque le fait que ces « femmes » sont tellement réalistes qu’elles en deviennent vivantes. Même inertes, elles n'en sont pas moins sans danger pour l'épanouissement social, affectif, érotique et sexuel des hommes.
Quelques clés de compréhensions :
Les hommes développent la notion de dégoût vis-à-vis de la chair féminine, plus molle, plus souple que la leur, elle finit par devenir écoeurante à leurs yeux.
Les Dolls sont aussi une forme « douce » de nécrophilie. Il y a un fétichisme reconnu pour les femmes dans le coma, ou simplement endormies. Le thème de la femme inanimée est d'ailleurs récurrent dans l'esprit populaire, à travers les contes, les romans... (Blanche-neige, l’Albertine de Proust, les belles endormies de Kawabota…).
Les poupées leur permettent de mettre en exergue leur pouvoir extraordinaire de projection, qui les conduit à un amour fou pour elles. C’est à la fois un savoir-faire émanant de leur imaginaire et le constat évident de la difficulté à « dealer » avec le vivant.
Ce nouveau "sextoy" n'est pas si éloigné du fantasme actuel que l'on a des femmes. Dans les sociétés occidentales, elles sont de plus en plus enjointes à se transformer en poupées. Elles se « siliconnisent », se rajeunissent, se standardisent, sous couvert de libertés, ces techniques étant à leur disposition… Pourquoi n’en profiteraient-elles pas ?
Finalement, Elisabeth Alexandre affirment que les hommes qui s’offrent les RealDolls ont des traits de caractères similaires.
Ils évoluent dans des milieux sociaux moyens (impuissance sociale), sont intelligents, cultivés, ils ont surtout beaucoup d’imagination ! Ils se sentent précurseurs dans cette acquisition (ils sont persuadés d’être au début d’une nouvelle ère et rêve d’une femme cyber), s’intéressent parallèlement à la robotique et à l’informatique, attendant la robotisation de la RealDoll afin qu’elle puisse s’exprimer, bouger et leur renvoyer une image positive d’eux-mêmes. Souvent, ils ont été initialement déçus par les femmes, la présence d’une Doll ne renforçant que leur évitement.
Pour découvrir cet univers : http://www.realdoll.com/
1 Milliard de robots, et moi, et moi? (David Petitbon)
Des poupées et des hommes (Elisabeth Alexandre et Elena Dorfman)
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